Entretien avec Carla Jong, Port d’Amsterdam

Publié par  9 octobre, 2012 9:30 Laissez vos commentaires

Carla Jong est Port City Manager du Port d’Amsterdam. Cette rencontre est l’occasion de rappeler l’importance d’une vision à long terme pleine et partagée pour les projets de développement ville-port.

AIVP : Carla, il semble que la bataille pour l’espace soit une question importante pour le Port d’Amsterdam. Comment parvenez-vous à gérer ce flux considérable de 100 Mt de marchandises qui vous place au 4ème rang des ports d’Europe ? Le processus de développement et d’aménagement des zones portuaires, proches de la ville, demande-t-il un investissement important en termes de temps, de dialogue et de compromis ?

Carla Jong : Malgré la crise économique, la Ville d’Amsterdam a d’importants besoins en nouveaux logements. Amsterdam est une ville compacte, où presque tout l’espace est construit, donc la municipalité n’a pas d’autre choix que de développer des zones de constructions très denses, soit en faisant l’acquisition de nouveaux terrains sur les rives de l’IJ, soit en recherchant de nouveaux espaces disponibles dans la ville. Cette dernière solution inclut l’espace ville-port, sur les rives ouest de l’IJ, qui compte des zones portuaires opérant sur la base d’accords de concession comme c’est le cas du Coen Vlothaven et du Minervahaven, et qui constitue actuellement une zone tampon avec près de 2200 habitations.

 

Nous avons là des activités portuaires vitales et intenses qui génèrent de la poussière, des odeurs et du bruit et qui ne peuvent cohabiter facilement avec des zones urbaines d’habitation. D’autre part, à travers un processus de médiation dans lequel l’Autorité portuaire a joué un rôle important, les entreprises portuaires actuelles et la Ville d’Amsterdam ont décidé de maintenir les activités portuaires au moins jusqu’en 2029. Cela fait partie de l’« Accord d’occupation des sols ». Durant cette période, aucun nouveau projet urbain ne peut voir le jour. Bien sûr cette échéance constitue un frein au développement à long terme qui s’avère souvent nécessaire pour rester compétitif dans le secteur portuaire, et décourage les investisseurs. L’Autorité portuaire doit trouver des solutions innovantes pour réorganiser les espaces existants afin de les rendre plus productifs et efficients, mais il n’existe aucune solution miracle… nous devons trouver de nouvelles zones de développement pour nous agrandir. Cela ne sera possible qu’à l’extérieur d’Amsterdam sur des terrains appartenant à d’autres municipalités plus petites, qui voient l’arrivée du port comme un risque ou une menace. Ici encore, nous allons entamer une période de négociation et de discussion qui devrait se traduire par l’aménagement à long terme de l’ensemble de la région métropolitaine.

AIVP : En termes d’amélioration de la cohabitation ville-port, le Port d’Amsterdam travaille d’arrache-pied pour trouver des solutions nouvelles et innovantes afin de réduire les impacts négatifs comme le bruit et la pollution de l’air et de l’eau, dus au port et aux activités industrielles à proximité des zones d’habitation. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Carla Jong : Oui, nous recherchons des solutions sur mesure et intégrées, et certaines de ces solutions vertes sont même en partie financées par la construction de nouveaux logements représentant un investissement total de 9 millions d’euros. Cette contribution financière – également comprise dans l’« Accord d’occupation des sols » mentionné plus haut – a permis à une entreprise portuaire privée d’étudier et d’investir dans de nouvelles technologies offrant une performance écologique et une habitabilité meilleures avec des nuisances moindres pour les habitants. Grâce à ces fonds, l’entreprise portuaire a même été encouragée à aller plus loin, au-delà des exigences environnementales de la loi néerlandaise. Cependant, les nouveaux résidents devront avoir été préalablement informés de la possibilité de bruit et de pollution engendrés par les activités portuaires. Plus que jamais l’arrivée de nouveaux habitants représente le risque de nombreuses plaintes déposées à l’encontre des entreprises portuaires et peut donc mettre en péril leur autorisation d’exploitation.

AIVP : Donc, à quoi ressemble l’avenir de l’espace ville-port ?

Carla Jong : En 2009, dans le cadre d’une étude conjointe, les urbanistes et les développeurs ont analysé les différentes possibilités de faire du secteur ville-port situé sur la rive ouest de l’IJ un espace de vie et de travail, après 2029. Trois approches ont déjà été envisagées pour déterminer si les activités portuaires peuvent être associées à des usages urbains ou si une délocalisation et restructuration seraient nécessaires. Pendant cette période d’étroite collaboration, il est apparu clairement que les objectifs et également les méthodes de travail du port étaient très différents de ceux de Ville. Il est alors devenu fondamental d’échanger nos différents points de vue et de créer un véritable dialogue entre le Port, la Ville et les entreprises portuaires. La Vision structurelle d’Amsterdam pour 2040 définit l’espace ville-port comme une aire de transformation. Tous les acteurs travaillent aujourd’hui à l’élaboration d’une stratégie appropriée et une décision politique sera prise début 2013.

Plus d’informations : carla.jong@portofamsterdam.nlwww.portofamsterdam.nl

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