Croisières : quel avenir pour le courant de quai en Europe ?

Publié par  30 mai, 2013 9:57 1 Commentaire

Dans le cadre de la conférence organisée le 24 avril 2013 au Havre par l’association Cruise Europe, la question du ravitaillement énergétique des navires depuis la terre (Onshore Power Supply) a fait l’objet d’un débat spécifique.

L’inscription de ce thème à l’ordre du jour de la manifestation témoigne de l’importance de la question dans le monde de la croisière aujourd’hui devant l’augmentation continue du prix du carburant et les contraintes environnementales. Aussi connu en français sous le nom de « courant de quai » et en anglais de « cold ironing » ou encore « alternative marine power », cette technologie semble s’imposer de plus en plus sur les quais, non seulement en ce qui concerne les navires de croisière mais aussi pour la flotte de commerce.

Le principe est à priori assez simple et semble relever du bons sens. Pour se fournir en énergie à quai, le navire n’utilise pas ses propres générateurs de bord mais se connecte soit au réseau électrique existant soit à un générateur ad hoc installé sur le port alimenté généralement par GNL ou hydrogène. A noter que les besoins énergétiques d’un navire de croisière sont considérables. Ils représentent en moyenne 3 fois les besoins d’un navire porte-conteneurs. L’enjeu est donc particulièrement important pour la croisière, ceci d’autant plus que les navires sont, de préférence, accueillis au plus près du cœur historique des villes et que les escales se multiplient avec plusieurs grosses unités à quai simultanément pendant la saison !

Les avantages semblent évidents pour l’environnement urbain immédiat et les croisiéristes eux-mêmes : pas ou peu de pollution de l’air, moins de bruit, moins de pollution globale. Toutefois, le raccordement au réseau local s’avère délicat en raison de la puissance demandée. Attention aux risques de pic de consommation qui pourrait faire disjoncter le réseau ! Générateur ou réseau local, la question de la sécurité de l’approvisionnement est à considérer. L’abandon de l’autonomie énergétique du navire suppose de la part de l’armateur une confiance absolue dans les installations terrestres. Comment dès lors anticiper les éventuelles coupures de courant techniques ou syndicales ?

Si certaines compagnies maritimes telle Holland America Line affichent leur confiance dans ce mode d’approvisionnement énergétique et investissent dans la construction de navires pré-équipés, notamment pour opérer sur les côtes ouest-américaines, ce n’est pas encore le cas en Europe. Les intervenants ont souligné des difficultés liées aux différences de tarification du courant électrique entre pays européens. La technologie serait par ailleurs déjà menacée par la mise en place de nouveaux équipements permettant le fonctionnement des navires au GNL. Ce mode de propulsion n’est toutefois pas plébiscité par le public comme par les professionnels en ce qui concerne les navires de croisière. Les réticences vis-à-vis de réservoirs de gaz sous les pieds des passagers restent fortes ! Quoi qu’il en soit, la Commission Européenne s’oriente vers un durcissement de la réglementation en matière de normes anti-pollution dans les ports. Courant de quai, GNL… les opérateurs de croisière vont donc devoir s’adapter. Une occasion de plus de se pencher à nouveau sur le bilan énergétique de ces navires. Des gains d’économies d’énergie considérables restent à faire, en ce qui concerne la climatisation notamment. La contribution des opérateurs de croisière à la problématique environnementale globale passe aussi par là !

Olivier Lemaire
Directeur Général de l’AIVP

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