Bordeaux, les Bassins à Flot : maintenir le port actif au sein d’un projet urbain

Publié par  18 novembre, 2015 10:37 1 Commentaire

Interview : Etienne Naudé, Directeur de la stratégie et du développement au Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB)

 Etienne Naudé, Directeur de la stratégie et du développement au Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB)Le pôle de réparation navale des « Bassins à Flot » a accueilli ses premiers navires. La présence de cette activité de réparation navale au cœur du projet des Bassins à flot peut être vue comme un symbole de la volonté de maintenir un port actif au sein de ce projet urbain d’envergure.

AIVP : Le port de Bordeaux a signalé dans une récente newsletter que le pôle de réparation navale des « Bassins à Flot » avait accueilli ses premiers navires : un paquebot fluvial de 103 m, et la barge conçue pour acheminer les éléments de l’Airbus A380. Une nouvelle phase sera engagée en 2016 pour asseoir également votre ambition de positionner Bordeaux sur le secteur du refit des yachts et super yachts. Pouvez-vous revenir sur les enjeux de ce projet pour Bordeaux ?

Etienne Naudé (GPMB) : La Ville de Bordeaux et le port ont favorisé ces dernières années le développement de la croisière fluviale, avec l’exploitation actuelle de six paquebots de 110 à 135m de longueur. Ces bateaux nécessitent des interventions de maintenance et de réparation régulières, qui constituent une perspective d’activité pour l’exploitation des infrastructures. C’est ce qui a motivé, entre autres, l’accord trouvé avec les collectivités. Parallèlement, la capacité d’accueil de ces ouvrages et leur positionnement en cœur d’agglomération, nous ont amenés naturellement à nous positionner sur le secteur du refit de yachts et super yachts, notamment grâce à la compétence des entreprises locales et de l’intérêt du centre-ville pour les équipages.

AIVP : La question de l’intégration de ce type d’activités au cœur d’un projet d’aménagement urbain est bien sûr essentielle. Vous aviez d’ailleurs lancé une étude d’impact sur le projet en 2013. Pour bien comprendre le contexte, quels types de fonctions urbaines sont présentes – ou programmées – que ce soit au contact direct des formes de radoub et de ce pôle d’activité ou en vis-à-vis de l’autre côté du bassin, et quelles sont les principales solutions de minoration des impacts et d’intégration adoptées ?

Etienne Naudé (GPMB) : Le programme d’aménagement d’ensemble (PAE) arrêté par la CUB (aujourd’hui Bordeaux Métropole) le 26 mars 2010, prévoit les grands équilibres suivants :

  • Logements : 442 354 m² ;
  • activités tertiaires : 95 126 m² ;
  • activités diverses (industrielles, nautiques…) : 81 430 m² ;
  • commerces : 57 185 m² ;
  • équipements d’intérêts collectifs : 24 723 m².

Bordeaux, Programme d’Aménagement d’Ensemble (PAE) des Bassins à Flot répartition des différents type d'activités © Bordeaux Métropole

Bordeaux, Programme d’Aménagement d’Ensemble (PAE) des Bassins à Flot
répartition des différents type d’activités © Bordeaux Métropole

Les bassins à flot représentent une superficie de 220 000 m² de plan d’eau équipé de deux formes de radoub respectivement de 150 et 100 m de long. Les activités liées à ces formes de radoub constituent une composante à part entière du projet urbain, confortant l’identité du site et du projet « Bordeaux Maritime ». Pour répondre aux exigences de cohabitation avec ce nouveau quartier, et en accord avec les collectivités, le parti a été pris d’effectuer dans ces installations la maintenance de paquebots fluviaux, et des refits ne nécessitant pas d’interventions lourdes. Celles-ci seront réalisées sur un autre site.

AIVP : Pour prendre un autre exemple, comment la promenade urbaine programmée tout au long des Bassins à flot, et notamment ce secteur de la réparation navale, est-elle rendue possible ? Et au-delà des questions de la sécurité et de l’impact environnemental éventuel sur les promeneurs, sera-t-elle également l’occasion d’organiser un véritable point de vue sur cette activité portuaire ?

Etienne Naudé (GPMB) : Diverses possibilités sont à l’étude sur ce sujet avec l’ « Atelier des bassins à flot », un organe de concertation réunissant les principaux acteurs concernés. Le site devra être clôturé pour des raisons de sécurité et de sûreté, mais il sera possible de se promener autour du pôle naval, qui constitue lui-même une source d’attractivité pour les promeneurs et les riverains.
Les grilles, transparentes, permettront d’offrir un point de vue sur les activités en cours.

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AIVP : Les solutions d’intégration que vous avez programmées sont-elles transposables sur d’autres secteurs où cette même problématique de mixité se poserait, par exemple celui des activités portuaires présentes le long du fleuve à l’entrée du secteur des « Bassins à flot » ?

Etienne Naudé (GPMB) : Toutes les solutions d’intégration (adaptabilité du projet à son environnement, communications, présentations, visites….) sont adaptables à l’ensemble des terminaux portuaires.

AIVP : Vous avez été amené à discuter de ce projet au sein de l’ « Atelier des bassins à flot » réunissant le Grand Port maritime, la Ville, la Communauté urbaine et les promoteurs privés. Pour mieux comprendre le rôle joué par cet urbanisme de concertation dans la définition de ce projet ville-port, pouvez-vous résumer quels ont été les points de discussions, voire de conflits, sur ce projet spécifique, et nous donner des exemples concrets de la manière dont cette instance de concertation a fait évoluer le projet initial ?

Etienne Naudé (GPMB) : Les échanges au sein de l’atelier des bassins ont été riches. Les principales craintes soulevées résidaient notamment dans l’assimilation des chantiers de refit à de l’industrie lourde, polluante et bruyante. C’est la raison pour laquelle nous avons organisé la visite du site de VIAREGGIO (Italie). Parmi les professionnels rencontrés, le directeur d’un chantier a eu cette remarque qui caractérise parfaitement ce type d’activité : « un chantier de refit, ce n’est pas de l’industrie lourde, c’est les Champs Élysées et la place Vendôme… ». La maintenance des paquebots fluviaux, elle aussi capable de s’intégrer au projet urbain, est par ailleurs très vite apparue comme une évidence. Il a également été décidé de privilégier les travaux d’aménagement des yachts. Ces différents aspects du projet de pôle naval ont fait l’objet d’une étude d’impact. Cette étude a permis d’identifier les points sensibles et de définir les mesures de prévention et de maîtrise des impacts nécessaires à la bonne intégration de ces activités en plein développement, créatrices d’emploi et de valeur ajoutée, à l’ensemble du projet urbain.

Projet des Bassins à flot from seppa on Vimeo.


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