Faire la Ville avec le Port : « C’est l’intérêt collectif qui est à la base d’une relation Ville-Port fructueuse et durable »

Publié par  9 février, 2016 9:42 Laissez vos commentaires

itw_quebec_00_mariogirardInterview : Mario GIRARD, Vice-Président de l’AIVP, Président Directeur Général du Port de Québec.

Deux éléments majeurs reviennent comme une constante lorsque l’on demande à Mario Girard comment réussir à “Faire la ville avec le port”, pour reprendre le titre du guide de bonnes pratiques publié par l’AIVP en juin dernier : donner la primauté à l’intérêt collectif sur les intérêts particuliers, et faire du dialogue avec toute la communauté le moyen de redonner au port sa juste place.

AIVP – De nos jours, la relation entre ports et villes est quelque peu particulière : d’un côté il faut que les ports soient compétitifs si les villes veulent en bénéficier ; mais par ailleurs, alors que ces bénéfices sont générés à un niveau suprarégional ou national, les impacts négatifs générés par le port – bruit, pollution de l’air, congestion du trafic – sont eux locaux. Que peuvent faire les autorités locales pour résoudre ce hiatus ? Quelles dispositions concrètes ont été prises dans votre ville portuaire ?

Mario Girard – Au départ, il serait bon de préciser qu’il ne faut pas négliger l’impact économique local et régional généré par la présence d’un port et de ses infrastructures. Les emplois liés aux activités maritimes et portuaires sont, en grande majorité, des emplois de qualité et ce, tant du point de vue financier que des avantages sociaux. Dans le cas du Port de Québec, la présence de l’industrie maritime de Québec et du Port génèrent environ 5000 emplois directs, indirects et inférés dans la région.
En ce qui concerne les impacts négatifs pouvant potentiellement émaner des activités portuaires, il importe d’abord et avant tout d’établir un dialogue avec la population et les commerçants situés près des installations portuaires. Il faut que ce dialogue soit constant et efficace.
Bien comprendre la réalité des commerçants et des résidents est capitale mais il faut également pouvoir exprimer et faire comprendre la réalité du Port et de ses utilisateurs. La notion de dialogue est importante ici. Viennent ensuite les différentes mesures de mitigation adaptées à la situation qui prévaut et surtout, il faut par la suite assurer une communication efficace détaillant ces mêmes mesures. Le Port doit communiquer et expliquer les mesures prises pour assurer une meilleure intégration de ses opérations à son milieu de vie, qu’il partage avec la communauté qui l’entoure.
Quelques exemples de moyens mis de l’avant par l’Administration portuaire de Québec avec le concours de ses utilisateurs :

  • un comité de relation avec la communauté ;
  • mise sur pied de plusieurs comités de travail avec des citoyens concernant des enjeux bien ciblés du point de vue géographique ;
  • un comité environnement des utilisateurs et usagers du Port de Québec ;
    • partager ensemble les meilleures pratiques environnementales ;
    • uniformiser certaines procédures de vérification et d’intervention ;
  • mise sur pied d’un système de canons à eau (ou à neige selon la saison) dans les zones de manutention de vrac solide ;
  • système de « monitoring » lié à des stations de capteurs de poussière sur les sites de manutention et également dans la communauté. Ce système est relié à notre service de capitainerie et relié directement à notre réseau d’alerte ;
  • révision complète des méthodes de manutention par nos opérateurs de vrac solide ;
  • formation et sensibilisation des employés sur le terrain afin que ces derniers puissent intervenir de façon préventive et proactive pour réduire les risques d’incidents et d’impacts négatifs ;
  • présence du Port de Québec sur les réseaux sociaux afin de renseigner la population sur les activités du Port et préciser certains messages. La communication régulière et pertinente est un outil très efficace. Il ne faut pas être présent seulement en situation de crise mais bien sur une base régulière ;
  • plan d’actions en développement durable comprenant des engagements pris par le Port de Québec. Diffusion publique de ce plan d’action ;
  • mise sur pied d’une ligne d’intervention Info-Environnement 24h-24 – 7J/7 – pour le public ;
  • création et implantation d’un Processus environnemental de participation citoyenne (PEPC) – C’est un processus d’évaluation environnementale rigoureux impliquant notamment la consultation et la participation de la population à tous les niveaux de projets ;
  • participation de dirigeants de l’APQ sur plusieurs tables de concertation multipartites mises en oeuvre par la Ville de Québec. Nous y participons non seulement à titre d’autorité portuaire, mais aussi à titre de citoyen corporatif engagé et important pour la région ;
  • nous sommes passés d’une à cinq personnes pour le Département environnement ;
  • création dans la structure organisationnelle d’une direction dédiée à la responsabilité citoyenne ;
  • etc.

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AIVP – Les trois principaux déterminants pour la compétitivité d’un port sont un vaste territoire maritime, des opérations portuaires efficaces, et un hinterland doté de fortes connexions. Mais, selon vous, quelles sont les trois principaux facteurs qui conduisent au succès, ou à l’échec, d’une ville / port ?

Mario Girard :

  • manque de communication et d’écoute ;
  • quand l’intérêt individuel de la Ville et celui du Port priment sur l’intérêt collectif, qui est à la base d’une relation Ville-Port fructueuse et durable. Les guerres d’ « égo » sont à proscrire et n’ont pas leur place ;
  • négliger l’importance de l’intégration urbaine du Port à l’intérieur de sa communauté.

AIVP – Le soutien de la population est essentiel pour permettre aux ports de préserver leur “licence to operate”. Ce qui distingue une ville portuaire prospère d’une autre est ce sentiment d’appartenance et de fierté ressenti par la population vis-à-vis de son port. Que faut-il faire selon vous pour renforcer ce sentiment ?

Mario Girard – Il faut développer et entretenir une culture portuaire. Faire en sorte que le mot « développement » soit synonyme de fierté. Il faut faire connaître les activités portuaires à la population, intégrer les installations portuaires dans le paysage urbain de la ville par des aménagements de qualité supérieure, préserver et mettre en valeur le patrimoine et l’histoire maritime à même le décor contemporain du Port. Trop souvent, les citoyens arpentent les zones publiques des installations portuaires sans même savoir qu’ils sont sur le territoire du Port. Le Port doit exprimer lui aussi sa fierté d’être un atout majeur pour la collectivité, que ce soit sur les aspects économiques, sociaux et culturels. Le Port doit se développer tant sur l’aménagement urbain que sur l’aspect opérationnel et économique.

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AIVP – De nombreux ports mettent en œuvre des stratégies de communication pour informer les citoyens et améliorer leur image en ouvrant le port au public. Les Port Centers sont l’un des meilleurs exemples de ces nouvelles stratégies de communications davantage proactives. Anvers, Gênes, Rotterdam, … plusieurs ports importants ont leur propre Port Center qui diffuse de l’information sur leurs activités, celles de leurs zones industrielles, etc. Sont-ils réellement la clé pour améliorer la perception du port par la population ? Avez-vous d’autres exemples de bonnes pratiques en la matière à nous donner dans votre communauté ?

Mario Girard – Il n’y aura jamais assez d’efforts déployés pour faire connaître les activités portuaires et l’importance d’un port pour la région qu’il occupe. Tous ces exemples sont bons et toutes les initiatives permettant à la population de s’instruire sur le port et d’apprendre à apprécier ses installations doivent être envisagées. Quelques exemples d’initiatives de notre côté :

  • journée porte-ouverte grand public impliquant les utilisateurs et les usagers ;
  • aménagement à venir d’une promenade en bordure des installations portuaires mettant en valeur l’architecture des installations et exposant des pages de l’histoire maritime de Québec sur les murs des hangars portuaires. Déploiement de postes d’interprétation et une passerelle pour la population donnant sur les opérations quotidiennes avec panneaux explicatifs ;
  • présence régulière et stratégique sur les réseaux sociaux ;
  • diffusion de vidéo mettant en vedette des travailleurs du Port sur notre site WEB. Pour que les gens humanisent les opérations. Mettre un visage et une histoire sur les activités portuaires…
  • multiplication des visites et les rendez-vous avec la communauté sur le territoire portuaire ;
  • le Port de Québec c’est aussi 3 parcs, 5Km de piste cyclable, une salle de spectacle en plein air, une plage, une marina, un centre événementiel, etc. Il faut parler autant de ces caractéristiques du Port que de ses 25-30 millions de tonnes de marchandises en transit sur son territoire…

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AIVP – L’aménagement des interfaces ville-port a souvent été lié avec la réhabilitation d’anciennes zones portuaires. Mais la transformation des interfaces ville / port peut-elle être mise en œuvre sans affecter son patrimoine ou, plus largement, son identité culturelle ? De quelle manière ?

Mario Girard – La réponse est oui mais il faut toujours tenir compte de l’héritage maritime. Il est possible d’innover et de donner une image et un relief contemporain aux installations transformées, tout en conservant un rappel au passé portuaire, à son présent et à son futur. C’est aussi ça développer et entretenir une culture maritime et portuaire. Le Port peut et doit être vu et considéré comme un générateur de qualité de vie.

AIVP – Et pour conclure, si vous deviez donner les quelques points clés pour parvenir à une mixité durable des fonctions urbaines et portuaires, quels seraient-ils ?

Mario Girard :

  • une communication efficace avec le milieu de vie ;
  • faire preuve de pédagogie sans verser dans la propagande ;
  • pour chacun des projets commerciaux ou travaux sur le territoire du Port, il faut trouver un équivalent sur le point de vue intégration urbaine. À cet effet, il faut prévoir à la planification budgétaire que pour chaque investissement en infrastructure, il doit y avoir un investissement significatif en aménagement urbain ;
  • rendre la place qui revient au Port sur la place publique et pas seulement en situation de crise. Le quotidien du Port doit aussi être raconté, il faut faire preuve d’imagination et trouver les mots qui rejoignent la population ;
  • conserver de bonnes relations avec les différents décideurs politiques ;
  • impliquer la population dans les projets (consultations).

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guide_bonnes_pratiques_2015_couv_fr« Faire la Ville avec le Port » – Guide de bonnes pratiques

 

 

 

 

Voir aussi :
Projets d’avenir du Port de Québec:

Port de Québec

 

 

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