Faire la Ville avec le Port: « Nous sommes convaincus que c’est le port qui appartient à la ville, et non l’inverse »

Publié par  9 février, 2016 9:55 1 Commentaire

itw_puertobahiablanca00_hugoborelliInterview : Hugo Borelli, Vice-Président de l’AIVP, Président du Consorcio de gestión del Puerto de Bahia Blanca.

Dès lors selon Hugo Borelli pour “Faire la ville avec le port” et pour que cette relation soit pérenne,  les masterplans des ports doivent être conçus en cohérence avec l’aménagement de la ville et le port doit tenir les citoyens constamment informés et être à l’écoute de leurs préoccupations et intérêts.

AIVP –  De nos jours, la relation entre ports et villes est quelque peu particulière : d’un côté il faut que les ports soient compétitifs si les villes veulent en bénéficier ; mais par ailleurs, alors que ces bénéfices sont générés à un niveau supra-régional ou national, les impacts négatifs générés par le port – bruit, pollution de l’air, congestion du trafic – sont eux locaux. Que peuvent faire les autorités locales pour résoudre ce hiatus ? Quelles dispositions concrètes ont été prises dans votre ville portuaire ?

Hugo Borelli – La ville et le port doivent envisager une planification conjointe. Si le port ne cherche pas à s’entendre avec la communauté qui l’entoure et qu’il ne diffuse pas suffisamment d’informations sur les activités portuaires qui auront un impact sur le milieu urbain suite aux nouveaux investissements réalisés, cela instaurera des relations confuses ou antagonistes. Le port doit parvenir à réduire au minimum ces impacts et s’efforcer de prévoir des compensations en contrepartie des avantages qui, dans un premier temps, ne bénéficieront indirectement qu’aux gouvernements provinciaux et nationaux. Les incidences positives directes pour la ville elle-même doivent être évaluées et transparentes.
Ces dernières années, il y a eu peu d’interaction entre la Ville et l’autorité portuaire, c’est-à-dire le Consorcio de Gestión del Puerto de Bahía Blanca. Mais c’était différent auparavant.
Nous sommes convaincus que c’est le port qui appartient à la ville, et non l’inverse, de sorte que les masterplans des ports doivent être conçus en cohérence avec l’aménagement de la ville. La relation ville-port doit être une relation pérenne et le port doit tenir les citoyens informés des avantages, ressources et emplois qu’elle représente pour la ville.

AIVP – Les trois principaux déterminants pour la compétitivité d’un port sont un vaste territoire maritime, des opérations portuaires efficaces, et un hinterland doté de fortes connexions. Mais, selon vous, quelles sont les trois principaux facteurs qui conduisent au succès, ou à l’échec, d’une ville / port ?

Hugo Borelli :
1. Une forte prise de conscience citoyenne de l’enjeu de la compétitivité ;
2. une implication active de l’autorité portuaire dans la prise en compte des demandes des citoyens ;
3. des liens solides entre gouvernement local et autorité portuaire.

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AIVP – Le soutien de la population est essentiel pour permettre aux ports de préserver leur “licence to operate”. Ce qui distingue une ville portuaire prospère d’une autre est ce sentiment d’appartenance et de fierté ressenti par la population vis-à-vis de son port. Que faut-il faire selon vous pour renforcer ce sentiment ?

Hugo Borelli – Nous sommes dans une démarche de transparence en matière de gestion portuaire et d’information des citoyens. Le port de Bahía Blanca, qui jouit du statut de port autonome depuis 22 ans, a su s’attirer l’estime et susciter la fierté de la population qui le perçoit comme une institution prestigieuse bénéfique à la ville. Cette démarche est soutenue par une communication permanente sur les faits portuaires et par un solide programme de Responsabilité Sociale des Entreprises.

AIVP – De nombreux ports mettent en œuvre des stratégies de communication pour informer les citoyens et améliorer leur image en ouvrant le port au public. Les Port Centers sont l’un des meilleurs exemples de ces nouvelles stratégies de communications davantage proactives. Anvers, Gênes, Rotterdam, … plusieurs ports importants ont leur propre Port Center qui diffuse de l’information sur leurs activités, celles de leurs zones industrielles, etc. Sont-ils réellement la clé pour améliorer la perception du port par la population ? Avez-vous d’autres exemples de bonnes pratiques en la matière à nous donner dans votre communauté ?

Hugo Borelli – Les journées portes ouvertes et les Port Centers sont des outils très utiles pour rapprocher les citoyens de l’activité portuaire. Il existe aussi les visites guidées du port qui s’adressent à différents groupes de la société comme les écoles et les universités ainsi qu’aux proches des travailleurs portuaires, l’organisation de concours sur le thème du rôle des ports dans le développement de la société, la réalisation d’activités artistiques dans les espaces ouverts au public, etc., sans les contraintes de sécurité qui existent dans d’autres secteurs opérationnels.
C’est le port qui doit créer les conditions pour que la population vienne à lui. Nous avons mis en place dans les écoles primaires et maternelles un programme éducatif qui sensibilise les petits au monde portuaire.

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AIVP – L’aménagement des interfaces ville-port a souvent été lié avec la réhabilitation d’anciennes zones portuaires. Mais la transformation des interfaces ville / port peut-elle être mise en œuvre sans affecter son patrimoine ou, plus largement, son identité culturelle ? De quelle manière ?

Hugo Borelli – Il faut veiller scrupuleusement à conserver les traces du passé historique des ports, et le défi consiste précisément à poursuivre le développement urbain de l’interface ville / port sans modifier sa nature historique. Le principal objectif doit être de préserver ces traces pour ensuite, sur cette base, réaliser les aménagements appropriés.
Notre port possède des bâtiments et sites qui datent de 130 ans et qui doivent rester des centres d’attraction culturelle. Nous avons, par exemple, récemment ouvert un espace sur notre plus ancien quai (1885), le « Balcón al Mar », un lieu de promenade qui donne sur l’estuaire et les navires qui circulent.

AIVP – Et pour conclure, si vous deviez donner les quelques points clés pour parvenir à une mixité durable des fonctions urbaines et portuaires, quels seraient-ils ?

Hugo Borelli :
– La Ville et le Port doivent reconnaître mutuellement leur fonction principale ;
– développer la collaboration Ville / Port ;
– faire du citoyen l’un des principaux axes de tout projet d’aménagement (industrialo-portuaire, urbain, de la voirie intérieure, etc.) ;
– assurer une communication efficace et permanente avec les citoyens et être à l’écoute de leurs préoccupations et intérêts.

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guide_bonnes_pratiques_2015_couv_fr« Faire la Ville avec le Port », Guide de bonnes pratiques de l’AIVP

 

 

 

Voir aussi : Puerto Bahia Blanca

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