« La ville et le port doivent identifier ensemble des activités qui soient compatibles afin de faire naitre ce sentiment de fierté »

Publié par  25 février, 2016 10:02 Laissez vos commentaires

Interview : Aurelio Martínez, Presidente, Autoridad Portuaria de Valencia, España

La Autoridad Portuaria de Valencia est membre de l’AIVP depuis 1997.

AIVP – Monsieur Martínez, vous avez été nommé Président du Port de Valence en août dernier. Dès le mois d’octobre vous annonciez la création d’une Commission pour l’intégration territoriale dont seront notamment membres les Maires des trois villes concernées par les activités de votre port : Valence, Sagunto et Gandia. Cette création est en soi un message fort. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a décidé à créer cette commission ? A quel(s) manque(s) répond-elle et qu’en attendez-vous ?

Aurelio Martínez – Les relations ville/port, dans n’importe quelle grande ville ou n’importe quel grand site portuaire, sont généralement complexes. Il y a toujours des sujets qui doivent être abordés de manière concertée : les transports, les accès, la localisation des activités, … J’ai pensé que pour faciliter une approche consensuelle sur ces diverses questions, il serait utile de créer une commission consultative chargée d’étudier et d’envisager, dans une optique multidisciplinaire – et avec la participation de toutes les administrations concernées -, ce qui serait le plus approprié pour les deux parties. Des parties – la ville et le port – qui ne font plus qu’un lorsqu’il s’agit de la population. Les villes doivent s’enorgueillir de leur port et de ses potentialités et, pour ce faire, les ports doivent impliquer leur ville dans leurs activités. La ville et le port doivent identifier ensemble des activités qui soient compatibles afin de faire naître ce sentiment de fierté.

À Valence, par exemple, on observe depuis des années un manque de communication entre la ville et le port. Chacun sait que ce n’est pas un sujet nouveau. Comme on dit couramment : « Valence a toujours tourné le dos à son port ». Et cela saute aux yeux. Mais le port et Valence sont indissociables ! Il nous faut trouver une formule qui permette de vaincre cette inertie pour rapprocher ces deux réalités ; et ceci est valable pour les ports de Valence, de Sagunto et de Gandia, les trois ports regroupés sous l’autorité portuaire de Valence.

Je souhaite seulement que cette volonté de rapprochement et de consensus exprimée par l’autorité portuaire se traduise par une compréhension des problèmes rencontrés par le port, car nous voulons que la population se sente concernée par la réalité d’une ville portuaire d’envergure internationale. L’America’s cup a été l’occasion de réaliser d’importants travaux d’aménagement. Le temps est venu à présent d’améliorer la desserte des quartiers voisins de Nazaret, de la Punta, etc. Les habitants doivent être prioritaires dans nos prises de décisions.

Port of Valence - Aerial view

AIVP – Pour bien comprendre ce nouveau mode de gouvernance que vous instaurez, de quelle manière cette commission fonctionnera-t-elle très concrètement, à la fois pour parvenir à des décisions conjointes, et à leurs mises en œuvre ?

Aurelio Martínez – La commission à laquelle vous faites référence, appelée « Comité consultatif du Port de Valence », a été mise en place par le Conseil d’administration de l’APV pour agir en faveur de l’intégration des territoires ville/port. Elle est présidée par le maire de Valence, Joan Ribó. Aux côtés de notre maire, sont membres du comité : Vicent Sarrià, conseiller municipal de l’urbanisme, Alejandro Pons, urbaniste-conseil, Florentina Pedrero, directrice générale de l’aménagement, Josep Vicent Boira, secrétaire régional au logement, travaux publics et aménagement du territoire, Lluís Ferrando, directeur général de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et des paysages, Enrique Martle, Sous-directeur général de l’urbanisme, Francesc Sánchez, directeur général de l’APV, et Aurelio Martínez, président de l’APV. La commission est ouverte à la participation ponctuelle de techniciens sur des thèmes spécifiques. Ses conclusions sont transmises à la Commission pour l’intégration territoriale, ainsi qu’au Conseil d’administration qui autorise la mise en œuvre des engagements convenus.

AIVP – Un processus de consultation de la communauté des acteurs locaux et de la population sur certains projets est-il également envisageable ?

Aurelio Martínez – Naturellement. La consultation et le dialogue avec les interlocuteurs sociaux et la communauté sont envisagés par l’intermédiaire des organisations sociales. Ce processus est au cœur de la nouvelle relation ville/port que nous sommes en train d’instaurer.

AIVP – Parmi les problèmes d’intégration sur lesquels cette Commission va devoir se pencher, certains ont déjà été évoqués dans la presse : la redéfinition des accès au port, le projet d’extension portuaire à Gandia, le développement de la Zone d’Activités Logistiques et son impact potentiel sur le quartier urbain de Nazaret et la ville de Valence. Peut-être est-ce prématuré la Commission venant d’être mise en place, mais pouvez-vous nous expliquer pour chacun de ces projets : leurs enjeux, en quoi ils posent problème, les solutions qui seraient déjà à l’étude, mais aussi les points de divergence avec les collectivités territoriales concernées, … ?

Aurelio Martínez – En effet, ces sujets sont ceux sur lesquels nous travaillons. Les actions à mener sont complexes dans le détail mais elles doivent malgré tout être expliquées de manière simple et transparente à la population. Imaginez-vous : concernant le problème des voies d’accès, on a aujourd’hui beaucoup de difficultés à admettre qu’environ 2500 poids lourds, parmi les 8000 qui transitent chaque jour dans le plus grand port de Méditerranée, soient obligés de contourner toute la zone métropolitaine par le périphérique, ce qui entraîne des problèmes de pollution, l’explosion du trafic et une perte de compétitivité. Cet exemple met en évidence l’obligation de définir des accès qui permettent de réduire le plus possible l’impact sur la ville d’un port comme le nôtre dont on sait déjà que le trafic pourrait croître de plus de 50%.

Le Port de Gandia élabore également des projets et des propositions en matière d’amélioration des accès aux installations portuaires afin de détourner les poids lourds du centre-ville. Ces aménagements permettront de décongestionner le trafic et de réduire les nuisances subies par la population.

En ce qui concerne Sagunto, on cherche à résoudre la question de l’accès sud à la Zone d’Activités Logistiques (ZAL) et à établir une connexion ferroviaire avec le réseau routier principal, ce qui résoudrait les difficultés de liaison avec Saragosse et la ligne Cantabrique-Méditerranée. Les points de divergences ou les problèmes soulevés par ces questions sont toujours dus à un manque de communication, peut-être parce qu’il n’est pas simple d’expliquer les répercussions des projets mentionnés ci-dessus en termes de création d’emploi, d’activité, de trafic,… et en définitive, de bien-être. Ce manque de communication s’est traduit par de l’incompréhension. C’est là notre défi : améliorer la communication pour renforcer l’estime de soi.

Port of Valence - Current access and connections

AIVP – Vous avez annoncé par ailleurs vouloir renforcer l’activité croisière et vous positionner comme alternative à Barcelone. De quelle manière allez-vous travaillez avec les collectivités territoriales pour développer ce potentiel indéniable ? Comment envisagez-vous l’intégration de cette activité dans la ville ? Et est-il possible d’anticiper les risques de saturation auxquels sont déjà confrontés d’autres villes portuaires avec l’afflux massif de croisiéristes et de touristes ?

Aurelio Martínez – Le tourisme de croisière va continuer de croître dans de fortes proportions et Valence possède des atouts indéniables pour le développement de ce secteur. La communauté de Valence n’est pas seulement un haut-lieu international du tourisme balnéaire, elle est aussi une référence culturelle, gastronomique et historique. Notre offre touristique compte parmi les plus compétitives de Méditerranée : le théâtre romain de Sagunto, le lac et le parc naturel de La Albufera, les plages, le patrimoine gothique et une gastronomie de renommée mondiale, pour ne citer que quelques exemples. Il s’agit d’atouts touristiques à mettre en valeur en impliquant l’ensemble de la société et les organismes compétents (agences, municipalités, administrations, secteur hôtelier…). Pour promouvoir le développement de la croisière, il suffit d’observer son impact économique sur les villes d’escale. Et je veux parler des impacts directs et indirects : n’oubliez pas que certains touristes reviennent plusieurs fois. La ville de Valence est à cet égard une enclave privilégiée loin d’être aussi saturée que certaines autres destinations, ainsi que commencent à le constater les visiteurs et même les habitants.

Port of Valence - Cruise industry

AIVP – Pour finir, et pour prolonger les entretiens sur notre Guide « Faire la Ville avec le Port » que j’ai pu faire récemment avec le Président de l’AIVP, Mr Philippe Matthis (Port de Bruxelles), et deux de nos Vice-Présidents, Mr Hugo Borelli (Port de Bahia Blanca) et Mr Mario Girard (Port de Québec) : si vous deviez donner les quelques points clés pour parvenir à une mixité durable des fonctions urbaines et portuaires, quels seraient-ils ?

Aurelio Martínez – En premier lieu, la communication. Si l’on veut que la population comprenne les choses, il faut les lui expliquer. Il faut entrer dans les détails et l’informer des actions précises mises en œuvre et pourquoi elles l’ont été. Il faut lui expliquer leurs avantages et leurs inconvénients et l’inviter, à travers les associations représentatives, à participer aux prises de décisions. Il faut être à l’écoute de la population, appeler au débat et dissocier les critiques émises sur un point particulier et celles d’ordre général. Apprendre à faire la distinction entre ce qui affecte un individu et ce qui affecte de vastes communautés ou bien l’ensemble de la société. Il faut prendre des décisions et éviter que les problèmes ne s’éternisent. Dans notre cas, on ne peut admettre que les décisions concernant l’accès nord ou la ZAL soient prises avec 20 ans de retard. Cela, la population ne le comprend pas. Et il est fondamental d’inviter les partis politiques, tous, sans exception, à participer à la prise de décision. Il convient de faire preuve de compréhension et de bienveillance, d’agir honnêtement, de manière efficace, professionnelle et transparente.

 

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