Port de Vancouver : répondre aux enjeux de croissance d’une manière durable

Publié par  8 février, 2017 12:32 Laissez vos commentaires

itw_vancouver01_duncan-wilson_110Interview : Duncan Wilson, Vice Président, Corporate Social Responsibility, Vancouver Fraser Port Authority, Canada.

Vancouver Fraser Port Authority est membre de l’AIVP depuis 2015.

Plus de 50% de la population de la Colombie britannique vit dans la métropole de Vancouver, une région dont la géographie limite la quantité de terrains disponibles. D’ici 2041 un million de personnes supplémentaire devrait venir habiter dans cette métropole. Dans le même temps les échanges commerciaux du Canada sont également en progression constante, en particulier ceux avec l’Asie et ceux qui passent par le Port de Vancouver. Le Port de Vancouver est le plus grand port canadien. Il traite près de 20% des échanges de marchandises du pays (en valeur). Les 1450 ha de terrains gérés par la Vancouver Fraser Port Authority sont déjà presque tous utilisés. D’ici 10 ans il pourrait ne plus rester dans la région de terrains utilisables pour ces échanges croissants, ce qui rend la tâche du port particulièrement complexe. Comment le Port de Vancouver répond-il à ces enjeux tout en protégeant l’environnement comme il est légalement mandaté pour le faire en tant qu’autorité portuaire ?

AIVP – Selon les dernières estimations la pression sur les terrains industriels disponibles et, plus spécifiquement, les conflits potentiels à l’interface entre le working waterfront et les usages dans les zones adjacentes devraient croître. Ces enjeux sont clairement identifiés dans votre vision stratégique « Port 2050 » et votre Plan d’occupation des sols (Octobre 2014). Votre projet « Low Level Road » nous semble un bon exemple pour illustrer ces conflits d’usages potentiels et mieux comprendre votre stratégie et les solutions que vous mettez en oeuvre pour y répondre. Concernant ce projet, pourriez-vous nous en dire plus sur les problèmes qui étaient à résoudre et quelle a été votre approche ?<

Duncan Wilson – En 2008, nous avons identifié avec nos partenaires 17 projets d’infrastructures dans la zone de Vancouver devant permettre d’accompagner la croissance des échanges tout en minimisant les impacts de la croissance portuaire sur les communautés locales.

Le projet Low Level Road était l’un de ces 17 projets. Il impliquait le réalignement et l’élévation de près de 2,6 km d’une route publique très fréquentée qui est située parallèlement à plusieurs terminaux du Port qu’elle dessert également. Ce réalignement a permis de libérer de l’espace pour créer deux nouveaux tracés ferroviaires et d’améliorer l’efficacité du transfert vers le rail et la capacité de ce mode. Il comporte également la reconfiguration de trois carrefours et l’amélioration de pistes cyclables et permet de répondre aux enjeux de sécurité, d’activités récréatives, et de bruit liés aux opérations portuaires présentes le long de la route.

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Low level road construction – 2014 © Vancouver Fraser Port Authority

Tel qu’il a été conçu le projet Low Level Road inclut de nouvelles passerelles piétonnes, le réaménagement de chemins existants et permet ainsi de proposer aux piétons et aux cyclistes à la fois davantage de sécurité et une esthétique renouvelée. Il permet aussi de prolonger un parcours qui, une fois terminé, sera totalement accessible à la communauté tout au long de ses 35 km.

Les mesures de compensation environnementale comportent l’élimination des espèces invasives, l’aménagement de sites de nidification artificiels pour les aigles, et un traitement paysager pour introduire des espèces indigènes. En complément les murs de soutien ont été utilisés pour une valorisation artistique faisant référence à toute la richesse de l’histoire indigène de la zone, et celle de l’exploitation forestière.

L’engagement de la communauté et des parties prenantes a été dès le début une composante essentielle du projet d’aménagement. Le Plan a été affiné via une procédure de consultation publique impliquant les habitants, les Premières Nations, les propriétaires d’entreprises, et les équipes urbaines. Au final, ce plan a ainsi connu des modifications conséquentes prenant en compte les suggestions de la communauté. A titre d’exemple, on peut citer la hauteur de la route qui a été abaissée, et l’amélioration des plans portant sur les impacts visuels, les murs anti-bruit, le volet esthétique, le traitement paysager.

Le projet a coûté au total CAN$101,6 millions. La construction a démarré en mars 2013 et il a été ouvert à la circulation à double sens en octobre 2014. Il a été terminé officiellement en mars 2015, dans les temps, et dans le respect du budget initial. Il est le seul projet d’infrastructure de transport, et seulement le second projet canadien, à s’être vu décerné un Platanium award de la part d’Envision, Institute for Sustainable Infrastructure.

La démarche que nous avons engagée avec le projet Low Level Road a établi une nouvelle norme pour les projets d’infrastructures que la Vancouver Fraser Port Authority réalise. Compte tenu de la grande proximité du port avec les zones d’habitat, les prochains projets d’extension impliqueront une consultation approfondie et une conception qui permettent non seulement de répondre aux besoins concrets du port, mais également de prendre en compte tous les impacts sur l’environnement et les populations locales. Une vision à long terme intégrant tous les aspects de la durabilité sera nécessaire comme l’a démontré le projet Low Level Road.

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AIVP – De fait, sur le plan de l’environnement, le Port de Vancouver est reconnu pour avoir une stratégie durable très proactive et à multiples facettes. Pouvez-vous nous expliquer par exemple certaines des actions de votre programme pour l’air, l’énergie et le climat ?

Duncan Wilson – Notre mandat, tel qu’il est défini par le Canada Marine Act, est de promouvoir le commerce du Canada tout en assurant un haut niveau de sécurité, en protégeant l’environnement et en prenant en compte les communautés locales. Nous protégeons l’environnement de deux manières : d’une part au travers d’un processus très rigoureux d’évaluation environnementale des projets, et d’autre part via de nombreux programmes environnementaux.

Nous avons des programmes portant sur la qualité de l’air et de l’eau, sur la protection des mammifères marins, et bien d’autres encore. Je citerai par exemple notre programme de réduction des émissions dans des secteurs clés de la supply chain du port comme les navires, les camions, les terminaux, ou les locomotives. Nous avons élaboré la Northwest Ports Clean Air Strategy en partenariat avec les Ports de Tacoma et Seattle ainsi que le gouvernement, stratégie que nous mettons en œuvre depuis 2007. Son objectif était une réduction des émissions de particules diesel à hauteur de 75% par tonne de marchandises en 2015 et de 80% pour 2020.

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Shore Power, @ Cochran Marine

Un autre exemple est celui de notre terminal croisière de la Place du Canada qui, en 2009, est devenu le premier au Canada et le troisième dans le monde à proposer du courant de quai pour les navires de croisière. Depuis 2010 le nombre de connections en courant de quai de ces navires a augmenté de 58%, soit une réduction de plus de 10000 tonnes de dioxyde de carbone en équivalent CO2. Nous espérons également pouvoir proposer très prochainement l’alimentation à quai sur deux de nos terminaux conteneurs.

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Canada Place Cruise Terminal

AIVP – Concernant l’eau, la terre, la faune et la flore pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui nous semble un programme très novateur : votre ECHO Program visant la compréhension et la gestion de l’impact des activités du transport maritime sur les baleines menacées ?

Duncan Wilson – Le programme ECHO (Enhancing Cetacean Habitat and Observation) a été lancé en 2014. Son objectif à long terme est la mise en œuvre de mesures d’atténuation quantifiables des menaces que le transport maritime fait peser sur les baleines. Cette initiative est pilotée par l’autorité portuaire et c’est une recherche concertée réunissant des experts des industries du transport maritime, de groupes de protection de l’environnement, des représentants des Premières Nations, des scientifiques et des membres du gouvernement.

Le 1er janvier dernier nous avons ajouté à notre programme EcoAction actuel un critère portant sur la réduction du bruit sous-marin qui permettra de proposer des réductions de coûts portuaires aux navires plus silencieux. Pour élaborer ce nouveau critère nous avons fait appel à une équipe composée d’architectes navals, d’acousticiens, et de chercheurs spécialistes des mammifères marins afin de définir et d’évaluer différentes options portant sur le design, la technologie et la maintenance des navires. Différents facteurs tels que le degré d’efficacité de la réduction sonore et la capacité de vérifier les technologies et les classifications ont été analysés pour la définition de ce nouveau critère et son évaluation.

Cela fait du Canada le premier pays au monde à disposer d’une incitation à la réduction du bruit marin.

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