Etre compétitif avec l’animation Ville-Port

Publié par  12 juin, 2017 8:14 Laissez vos commentaires

p3_yannAlixUn entretien avec Yann Alix, Fondation Sefacil.

Les Rencontres AIVP du Havre seront animées par Yann Alix, Délégué Général de la Fondation Sefacil, laboratoire d’idées prospectives sur les stratégies maritime, portuaire et logistique. Yann agit également en tant que Responsable Marketing & Stratégie pour le compte de Soget SA, leader sur le marché des Port Community Systems.
L’occasion d’aborder ici avec lui la question de l’animation Ville-Port qui sera au cœur de nos débats les 29 et 30 juin prochain.

La Soget est membre de l’AIVP depuis 2003

AIVP – Est-il encore possible aujourd’hui selon vous de vouloir développer la compétitivité de sa ville portuaire sans s’appuyer sur l’animation ville-port ? Ou, pour le formuler autrement, que manquerait-il à une stratégie placée uniquement sous l’angle de la rentabilité économique et de l’efficience logistique ?

Yann Alix – La valorisation des synergies entre la ville portuaire et ses habitants constitue une pierre angulaire d’une dimension sociétale indissociable de l’attractivité économique et la performance logistique. L’animation passe par des formes dynamiques d’intégration via d’ambitieux programmes éducatifs, la formation professionnelle, la recherche universitaire. Attirer des talents, créer un contexte propice à l’innovation, proposer une qualité de vie, et inoculer ce fort sentiment d’appartenance dont jouissent la plupart des villes portuaires constituent une autre facette d’une stratégie moderne de l’animation ville-port. Rotterdam, Singapour ou encore San Diego constituent des exemples de stratégies collaboratives innovantes où des passerelles efficaces et productives se consolident entre les professionnels portuaires, les gestionnaires urbains et l’ensemble de la société civile.

La répétition et dissémination d’initiatives telles que les Hackathons portaires, les Meet’up Smart Port ou encore les journées ouvertes portuaires tendent à démontrer que animation rime dorénavant avec innovation. La capacité d’une place portuaire à conserver son attractivité passe aussi par son aptitude à modeler en partie son propre futur. Hambourg, Anvers ou encore Shanghai constituent de bons référentiels en la matière.

AIVP – L’animation ville-port implique la mobilisation de différents acteurs présents sur le territoire. Ce dialogue ville – port – citoyen renouvelé ouvre-t-il aussi la voie vers de nouvelles formes de gouvernance ?

Yann Alix – Les relations ville-port doivent continuer de s’ouvrir au grand public et aux formes diverses de l’expression citoyenne. L’enjeu de gouvernance est cornélien car l’équilibre et le poids de chacune des parties prenantes doivent impérieusement se retrouver dans les organes de gestion, de surveillance et de décision. L’animation ville-port, c’est aussi saisir la complexité de situations économiques, logistiques et stratégiques qui peuvent parfois échapper aux esprits les plus éclairés. Le périmètre d’une « bonne gouvernance » suppose de savoir se projeter dans le temps et dans l’espace. La question des échelles de pertinence s’avère d’autant plus cruciale que les décideurs n’osent que trop rarement le jeu de la prospective et de l’anticipation stratégique.

AIVP – Vous suivez les Conférences et les Rencontres de l’AIVP depuis de longues années et connaissez bien tous les acteurs des villes portuaires qui y participent. Qu’attendez-vous cette fois des débats et de l’animation que vous allez en faire ?

Yann Alix – L’AIVP célèbrera ses 30 ans en 2018 et j’ai le privilège d’être associé aux réflexions ville-port depuis une intervention en 2006 à Sydney où j’avais argumenté que le développement des terminaux spécialisés en greenfield distendait le lien historique et organique du port avec sa ville ! Aussi, ce que j’attends de cette Rencontre havraise est de l’audace. Oser penser autrement par le truchement d’idées neuves, décalées et impertinentes. Les réseaux sociaux, les nouvelles pratiques de consommation, la conscience environnementale, la révolution digitale : toutes ces réalités doivent insuffler un vent nouveau dans la gestion des relations ville-port. Qui aurait pensé que lors de la Conférence mondiale AIVP à Rotterdam en 2016 seraient mises en avant l’énergie et l’économie circulaire dans le cœur des débats ville-port ? De par les expériences acquises depuis 6 ans à la direction de la Fondation SEFACIL, je souhaite orienter les débats vers des ambitions prospectives pour esquisser les contours de demain, et pourquoi pas d’après-demain en matière ville-port.

Les festivités des 500 ans de la ville portuaire du Havre révèlent combien sont importantes les aspirations citoyennes. Un véritable décloisonnement s’opère et doit s’amplifier. L’art s’invite à nouveau dans les villes ports comme l’artiste JR l’avait fait en 2014 au Havre sur PORT 2000. Nous devons concilier de manière intelligente la globalisation des échanges incarnée par les ports et le ressenti local de populations en quête de mieux-vivre portuaire. L’animation et le dialogue sont des moyens de parvenir à toujours plus d’intégration productive mais aussi culturelle, symbolique, etc.
Les villes portuaires mondiales demeurent de véritables laboratoires d’expérimentation et les contours de la future économie verte et bleue doivent émerger des réflexions partagées lors des Rencontres et Conférences mondiales de l’AIVP !

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