Une nouvelle renaissance pour les citoyens des ports

Publié par  24 mai, 2018 3:17 Laissez vos commentaires

Un texte signé de Maurice JANSEN, directeur de recherche au Centre Erasmus pour l’économie urbaine, portuaire et des transports de l’université Erasmus de Rotterdam et par ailleurs rapporteur de la 16ème Conférence Mondiale Villes et Ports à Québec. Ce texte a été initialement publié dans le cadre d’un partenariat média, sur le site de LaTribune.fr.

Une nouvelle renaissance pour les citoyens des ports

Jamais le sentiment de vivre un moment charnière n’a été aussi présent. Je l’ai ressenti lors du lancement du programme mondial de la durabilité portuaire (World Port Sustainability Program), une initiative mondiale grâce à laquelle quelques 1000 ports ont signé une déclaration d’engagement du respect des objectifs de développement durable. Ce fut également le cas à Londres, lorsque l’OMI s’est engagée pour un transport maritime significativement décarboné. Récemment j’ai lu dans un journal que le passage à cette nouvelle ère constituera une transition révolutionnaire de la même ampleur que celle de la révolution industrielle à son époque. J’ose l’affirmer : nous sommes à la veille d’une nouvelle Renaissance. Jusqu’à aujourd’hui, notre vision du monde reposait sur les énergies fossiles, la production et la consommation de masse, avec comme corollaires la pollution et les déchets. Pour la majorité des citoyens des ports, l’image du port est associée à un lieu où se trouvent d’énormes navires, des grues gigantesques, des véhicules lourds, où l’activité recherche en permanence plus d’efficience et d’économies d’échelle. Mais il s’agit également d’un monde où les individus sont devenus des créatures insignifiantes, avec une décroissance constante de l’intervention humaine. Pour filer l’analogie avec la Renaissance, la prochaine génération n’acceptera pas le profit comme seule vérité, et n’acceptera pas le pouvoir des grandes entreprises comme une évidence. Une telle tension pourrait induire soit des conflits, soit de la créativité.

Tensions créatives à l’ère du numérique

Qu’on l’admette ou non, des signaux clairs montrent que les ports et leurs villes hôtes se trouvent à un carrefour, vivent une époque enthousiasmante mais également ambiguë. Cette ambiguïté génère des tensions, soulève des inquiétudes et déclenche des sueurs froides. Le meilleur moyen d’avancer est d’adopter et de s’approprier le changement. Un port constitue la plate-forme idéale et fonctionne comme point d’ancrage du capital maritime, un lieu d’échanges de nouvelles idées et un terreau fertile pour les jeunes pousses. Les villes portuaires qui acceptent cette ambiguïté sont innovantes non seulement parce qu’elles disposent d’algorithmes intelligents, mais parce qu’elles comprennent les nouvelles lois de la concurrence. A l’ère du numérique, le principe de base est vieux comme le monde : ce qui peut être récolté doit l’être et apporté sur la plate-forme. L’énergie solaire est collectée à partir de panneaux solaires situés sur les toits des entrepôts et des bureaux. Des capteurs détectent le mouvement des unités de transport et leur permettent d’interagir. Les plates-formes de mise en relation collectent les compétences humaines d’un réservoir ouvert de main d’œuvre. Les développeurs de logiciels récupèrent les masses de données qui accompagnent les flux de marchandises et transforment ces données en tableaux de bords d’information conviviaux. Si tout le monde contribue, nous pouvons établir une liste infinie de potentiels.

La communauté comme partenaire de l’innovation

Dans l’industrie portuaire et maritime, certains pays ont mis en place des communautés ambitieuses destinées à favoriser l’innovation durable. A Oslo, l’initiative «du problème au profit» invite la prochaine génération du transport maritime à trouver des solutions aux questions les plus pressantes auxquelles la génération actuelle est confrontée. « Nor-Shipping » s’engage avec de jeunes citoyens appartenant ou non à cette industrie – y compris des étudiants, des entrepreneurs, des personnes venant des secteurs techniques, financiers et des communications, et d’autres encore – à trouver les voies du commerce maritime de demain. La condition fondamentale pour adhérer à ces entités est d’être convaincu du bien-fondé de cette mission pour la communauté. Nous passons de « qu’est-ce que j’en tire ? » à « qu’est-ce que nous en tirons ? ». Ceci capitalise sur l’idée que les intentions de la communauté répondent aux besoins des individus, et cela souvent en lien avec les objectifs du développement durable.

Investir dans le capital maritime du futur

Les écoles, les musées, les festivals et les événements maritimes s’engagent auprès des communautés. Ils servent de passerelles entre le monde des affaires et les citoyens. Ces institutions sont des éléments vitaux permettant aux futures générations de citoyens des ports de prendre conscience et de s’intéresser à ces questions. Les jeunes sont conduits sur un chemin d’apprentissage, ludique dans les premiers temps, puis conduisant graduellement à état de prise de conscience, de pertinence et de savoir-faire. Elles fournissent des facilités pour lier la connaissance et l’expérience du passé avec celles du futur. Elles aident également à mieux définir la main d’œuvre du futur, qu’ils s’agissent des employés du port, des responsables, des entrepreneurs, des ingénieurs ou des artistes.

Dans la ville-port de Rotterdam, des campus d’innovation avec une grande diversité de laboratoires commencent à émerger autour des universités et des grandes écoles. Le Musée maritime de Rotterdam vient d’ouvrir une nouvelle expérience offshore servant de classe high tech pour les cours techniques des écoles. De tels environnements d’apprentissage innovants n’apportent pas seulement des simulateurs et des jeux dans la salle de classe. Ce sont également des lieux de test et d’expérimentation avec des robots, de la réalité augmentée et des véhicules autonomes. Un engagement interactif entre l’apprenant et l’éducateur d’une part et avec les domaines industriels d’autre part, visent à réduire l’espace entre la connaissance et les compétences acquises et les talents professionnels requis.

Dans cette Renaissance du 21è siècle, nous vivons une expansion spectaculaire de la connaissance, du capital et des connexions ouvrant une foule d’occasions d’apprentissage, d’adaptation et de créativité. Pour que les villes-ports du futur puissent avoir un impact, l’investissement dans le capital humain est un investissement judicieux, une inépuisable source de richesses.

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