Port de Bruxelles : l’intégration, un impératif et une conviction

Publié par  4 décembre, 2018 3:29 1 Commentaire

L’AIVP a récemment organisé pour ses membres une mission d’étude en Belgique. Elle était centrée sur la démarche de co-construction qui est au cœur de la dynamique des projets ville-port pour cinq villes portuaires belges. Le cas de Bruxelles que nous aborderons ici est de ce point de vue particulièrement intéressant.

Le Port de Bruxelles est membre de l’AIVP depuis 1991

Le Port de Bruxelles fête cette année les 25 ans de sa création en tant que Société Régionale suite à une réforme voulue par l’Etat belge pour régionaliser les ports et voies d’eau. Il est alors devenu un organisme d’intérêt public dépendant de la Région de Bruxelles-Capitale. De fait il occupe une position centrale au cœur de la Région avec ses 6 km de kilomètres de quais le long des 14 km du canal traversant la Région bruxelloise du Nord au Sud.

Second port intérieur Belge, il joue un rôle essentiel pour Bruxelles sur les plans économique, environnemental, et en matière d’emplois. Une grande partie de l’approvisionnement de Bruxelles se fait par la voie d’eau que ce soit pour les produits alimentaires ou agricoles, les matériaux de construction, les produits pétroliers ou encore les produits métallurgiques. Il génère par la même 12000 emplois directs et indirects via les 400 entreprises de taille différente composant le cluster portuaire bruxellois.

Mais avec les 7 millions de tonnes transportées par voie d’eau en 2017, ce sont aussi près de 650 000 camions, 100 000 tonnes de CO2, et 25 millions € de coûts externes qui ont été évités.

 

 

Le port de Bruxelles se veut en effet facilitateur logistique en favorisant le report vers le rail et la voie d’eau et à travers un réseau de plateformes de transbordement le long du canal couplé à une stratégie du dernier kilomètre permettant de distribuer les marchandises palettisées (produits de consommation comme matériaux de construction) au plus près de l’utilisateur final : au cœur de la ville sont disponibles quatre points de transbordement et deux hubs permettant stockage temporaire, groupage, reconditionnement, etc.

Avec un trafic fluvial en progression constante et situé au cœur d’une métropole en pleine expansion démographique, le Port devait également faire face à cette pression sur ses espaces au bord de l’eau très recherchés. Les réponses qu’il apporte au travers de son masterplan 2030 s’appuient sur une stratégie d’intégration très volontariste. Il rejoint là celle présente au cœur du Plan Canal mis en œuvre par la Région Bruxelles-Capitale que cela soit sur le plan des solutions comme sur celui de la méthode de co-construction mise en œuvre.

 

Plan Canal : co-construction et urbanisme de projets

Le Plan pour le territoire des 14 km du canal qui passe par sept communes de la Région a été élaboré par Alexandre Chemetoff à partir de novembre 2012, suite à un concours international. Densité, mixité, et intégration urbaine en sont les trois axes principaux : mixité des fonctions urbaines avec des activités économiques confortées, mixité des populations, construction de logements (le potentiel est évalué à 25000 logements), densification et rationalisation de l’usage des sols, création d’espaces publics attractifs. Un Plan de Qualité Paysagère et Urbanistique a également été spécifiquement élaboré par les bureaux d’étude Org Squared et Bureau Bas Smets afin de donner une cohérence entre les différents types d’espaces publics et les projets.

Le gouvernement de Bruxelles a validé le plan et lancé sa mise en œuvre début 2015. Une équipe dédiée a été créée, et une méthode privilégiant partenariat et co-construction entre acteurs publics et acteurs privés porteurs de projets est privilégiée. Ce dialogue et ces allers-retours répétés entre la Région, les communes, les porteurs de projets permettent de faire évoluer au fur et à mesure le Plan Canal.

Développé dans le cadre du Plan canal, les projets menés sur les bassins Beco et Vergote, ou encore le terminal passager sont autant d’illustrations de cette stratégie d’intégration du Port de Bruxelles.

Bruxelles, un port au cœur du tissu urbain

Les travaux pour le terminal passagers dans l’avant-port, sur la rive gauche du canal, ont été officiellement lancés en juillet 2016. Une grande partie des matériaux de construction nécessaires a été acheminée par voie d’eau. La route située à proximité a été réaménagée et une passerelle la surplombant a été construite pour donner accès depuis le terminal à une promenade verte existante. Le terminal permettra d’accompagner la progression de la croisière fluviale : chiffrée à 12000 passagers en 2017, elle est estimée à 35000 à l’horizon 2030. Les retombées pour Bruxelles ont été estimées à 5 millions d’euros par an. Le Brussels Cruise Terminal a été inauguré en avril 2018. Le quai est également utilisé pour des excursions et pour un waterbus reliant Bruxelles et Vilvorde contribuant ainsi à une mobilité plus durable et un désenclavement des quartiers.

© Port de Bruxelles

Pour le bassin Béco, compte-tenu de sa proximité au centre-ville, ce sont les vocations culturelles, récréatives et résidentielles qui y ont été privilégiées. Rive gauche le « quai des matériaux » fut réaménagé entre 1993 et 1999 en espace public et récréatif. Le « quai des Péniches » sur la rive droite fut à son tour réaménagé entre 2000 et 2002 en espace public multifonctionnel. Une passerelle réservée aux piétons, cyclistes et transports publics sera construite d’ici 2020 pour permettre de faciliter l’accès à la zone du canal et au quartier Tours & Taxis, ancien site industriel le long du canal, ainsi que vers diverses entreprises portuaires. Un quartier combinant logements, équipements, bureaux et commerces sera créé en rive droite.

Pour ce qui est des activités culturelles, les participants à la mission d’étude en Belgique organisée par l’AIVP en novembre dernier ont notamment pu visiter le musée d’art moderne et contemporain du nouveau pôle culturel KANAL – Centre Pompidou, un projet conçu par l’équipe NoArchitecten-EM2N-Sergison Bates et aménagé dans les anciens bâtiments Citroën. Outre ce musée, le pôle accueille également un Centre d’architecture (CIVA) et des espaces publics dédiés à la culture.

 

Certaines entreprises liées aux activités de commerce de gros ont été relocalisées du bassin Béco vers le secteur du bassin Vergote, libérant ainsi des espaces sur Béco pour l’aménagement d’un nouveau parc. C’est en particulier le cas de l’entreprise Mpro (matériaux de construction, filiale de l’irlandais Grafton Group plc), déjà présente au bassin Vergote, qui y regroupera ainsi ses activités au sein du port de Bruxelles sur un seul site, celui du « Village de la construction ». Précisément c’est bien la volonté de conforter et renforcer les activités économiques ainsi que la création d’espaces publics qui ont été privilégiées pour le bassin Vergote. Parmi les projets qui sont engagés selon cette approche on pourrait citer celui du TACT – Terrain Adjacent au Centre TIR qui sera développé en pôle d’économie productive accueillant des entreprises urbaines, ou encore l’aménagement de certains des espaces publics du secteur.

Mais nous ciblerons ici deux projets particulièrement révélateurs de cette démarche d’intégration : celui du Village de la Construction que nous venons d’évoquer, et celui de la Société Inter-Béton.

Le Village de la Construction a été inauguré en mars 2018. C’est l’un des projets pilotes du Plan Canal dont les travaux ont été lancés en avril 2016. C’est le projet du Bureau belge Tetra Architecten qui avait été sélectionné. Le projet combine logistique durable et intégration urbaine. Il constituera un hub logistique essentiel dans le cycle de vie des déchets et des matériaux de construction de la ville. Une location à 30 ans a été accordée à Mpro avec l’engagement d’utiliser la voie d’eau pour un trafic annuel d’au moins 210 000 tonnes. Cet espace multifonctionnel et modulaire combine espace de stockage, show-room et bureaux sur un site d’une superficie totale de 25 000 m², dont 7 000 m² d’entrepôts durables. Les toitures des trois entrepôts sont équipées d’un système de récupération des eaux de pluie et 1710 panneaux solaires y ont été installés. Le projet avait reçu un award de la fondation Holcim dès 2014 pour la construction durable et a reçu également le prix « construction acier » en 2018. Un Centre de Transbordement Urbain lié directement au Village de la construction et au Centre TACT (évoqué ci-dessus) sera aménagé.

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Flexibilité, traitement architectural faisant référence au passé industriel du site, aménagements des abords et espaces ouverts préservant l’accès au canal sont autant de points d’actions favorisant l’intégration du Village au tissu urbain.

L’intégration était également au cœur du concours lancé par la Société Inter-Béton pour son site de production implanté au bassin Vergote, à côté du Village de la Construction. Elle y traite 170.000 m3 de béton chaque année et génère un trafic quotidien de 220 camions. Son positionnement au cœur de la ville et sa proximité avec les différents chantiers de la région sont présentés comme un atout pour le secteur de construction bruxellois et permet de limiter les transports. Mais la présence de ce type d’activité au cœur du tissu urbain n’est pas sans soulever des critiques en raison de ses impacts (bruits, poussières, etc.). Il s’agit donc à la fois d’une volonté mais aussi d’un impératif d’intégration pour maintenir ses activités en milieu urbain et pour répondre par la même aux ambitions du Plan Canal. Un double concours avait en fait été lancé : un concours d’idées à destination des étudiants en architecture, et un concours de projets avec pour principaux critères la réduction des nuisances sonores et des émissions de poussières, et l’intégration du site dans son environnement urbain.

Le projet Mix-City du bureau d’architectes BC architects & studies, associé à Jasper Poesen, a été sélectionné en mars 2017. Le projet prévoit une réorganisation de la circulation des camions et des zones de stockage, l’aménagement d’un auvent au-dessus de la zone de chargement qui permettra à la fois d’en réduire les nuisances et d’accueillir les nouveaux bureaux du personnel Inter-Béton qui auront par la même une vue sur leurs activités. Une partie de cet auvent sera également ouverte au public assurant ainsi une fonction de belvédère avec une vue panoramique sur le canal. La tour industrielle sera également traitée pour en faire un nouveau repère dans le paysage de la ville, une balise urbaine. Le projet a également reçu un Larfage Holcim Award en 2017.

Autant de projets donc qui témoignent des priorités et des visions stratégiques fixées dans le masterplan 2030 que nous évoquions ici en introduction : conforter le rôle essentiel joué par le Port de Bruxelles au sein de la ville et de la Région capitale en optimisant l’utilisation de ses terrains tout comme son intégration urbaine, et en maintenant constamment ouvert le dialogue avec les acteurs urbains, mais aussi avec la communauté portuaire et la population au travers, notamment, de l’outil Port Center qui pourrait ouvrir en 2019, dans le prolongement de la signature en 2017 de la Charte des Missions d’un Port Center de l’AIVP.

Décembre 2018

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