Synthèse

Les 26 et 27 mars se tenaient Les Journées Régionales de l’AIVP à Pointe-à-Pitre sur le thème « Le Port, relais de croissance en Caraïbes« . La communauté d’affaires Guadeloupéenne a rappelé en préambule l’importance des travaux actuels pour l’approfondissement du chenal d’accès à 15 mètres. Port européen au sein de l’espace Caraïbe, Pointe-à-Pitre souhaite renforcer son positionnement géostratégique entre les marchés en croissance de l’Amérique Latine et l’Union Européenne.
La question de l’intégration régionale et des collaborations entre les Etats Caribéens a été ardemment discutée, notamment après la présentation des premiers résultats de Proyecto Mesoamerica par sa nouvelle Directrice Générale : Lidia Fromm Cea. Initiative politique regroupant la plupart des Etats d’Amérique Centrale, l’ambition consiste à renforcer la collaboration entre Etats pour optimiser les systèmes économiques au service des populations locales. Un réseau de 49 ports a été identifié et un ambitieux projet de Short Sea Shipping par la promotion d’un cadre légal sous régional est à l’étude. Dans une approche comparable, Yann Alix, Secrétaire Général de la Fondation Sefacil, a souligné tout l’intérêt à intégrer des systèmes économiques insulaires fragiles par rapport aux enjeux internationaux. Une approche par filière à l’échelle du bassin caribéen pourrait se révéler pertinente. Yves Salaün, Président du Directoire du Grand Port Maritime de la Guadeloupe, rappelle toutefois l’importance à bien mesurer tous les dangers d’une telle démarche, un système insulaire n’étant pas par définition, un monde de concurrence libre et non faussée. Tout investissement portuaire y est particulièrement sensible et stratégique.
Pour illustrer ces questions de coopération interportuaire, l’expérience originale d’HAROPA a été rappelée en détail par son secrétaire général, Raynald Levillain. L’intégration collaborative des trois autorités portuaires de Paris, Rouen et Le Havre est un processus qui exige une méthode, des moyens et une vision stratégique à long terme. Une source d’inspiration possible pour certaines initiatives régionales caribéennes.
Franc Pigna, du cabinet Aegir Miami, a pointé l’impérieuse nécessité d’optimiser les rentes foncières sous le contrôle des autorités portuaires. Face aux défis infrastructurels modernes, la plupart des ports des Caraïbes doivent mieux valoriser leur foncier pour garantir et diversifier leurs sources de revenus. Roger Rios Duarte, responsable du programme de recherche PROCIP au Costa Rica a rappelé combien les dimensions environnementales et sociétales étaient devenues incontournables. Avec un quart de son territoire en espaces naturels protégés, le Costa Rica défend une approche intégrée et inclusive qui se retrouve dans le projet du développement du port de Limon. Autre dimension essentielle dans le développement durable des économies insulaires : le cas de la croisière et l’intégration des interfaces entre les navires de croisière et les populations locales. L’opération de Sugar Point à Bridgetown, La Barbade, redessinera complètement l’interface ville-port avec l’objectif d’une meilleure intégration entre les croisiéristes et les habitants. Scott Lagueux de LandDesign rappelait que le nombre de personnes transportées sur les plus gros navires de croisière représente aujourd’hui l’équivalent de plus de 16 Boeing 747. Un port comme Saint-Martin peut recevoir jusqu’à 50,000 visiteurs en une seule journée. Ce gigantisme exige des investissements immobiliers, portuaires et récréatifs en conséquence avec toute la problématique des financements et des rentabilités pour chacune des parties prenantes publiques et privées. Dans des projets de ce type, BOT (Build, Operate and Transfer) et PPP (Public, Private, partnerships) mixent intérêts publics et privés, investisseurs locaux et étrangers pour dessiner des modèles économiques et financiers soutenables pour tous les acteurs. La concertation locale doit aussi être un des moteurs des projets tout au long de leur vie, la communauté doit en être le premier bénéficiaire.
« Ré-enchanter » les waterfronts pour créer des « espaces d’expériences » en toute sécurité : le réaménagement de l’interface urbano-portuaire de La Havane a été expliqué par l’architecte cubain en charge du projet : Kiovet Sanchez Alvarez. Ici, les enjeux légaux et réglementaires de la protection d’un patrimoine historique considérable classé au patrimoine mondial de l’UNESCO sont un préalable incontournable. Les projets actuels visent à totalement repenser la valorisation des espaces portuaires historiques enchâssés dans la capitale cubaine. Une approche systémique se décline autour des infrastructures historiques, culturelles, industrielles et patrimoniales pour constituer un immense espace de découverte pour les habitants, les touristes et croisiéristes. En écho à cette présentation, la situation du Port de Barcelone, a été exposée par Adolf Romagosa, Directeur Général de la Gerencia Urbanistica Port 2000. Après avoir brièvement rappelé tout le savoir-faire de Barcelone en matière de croisière, Adolf Romagosa a surtout souligné une vérité première : le port doit rester une zone de transit pour le passager. L’intérêt de la ville portuaire est donc d’organiser au mieux le cheminement du passager du navire à la ville. Cette situation demeure antagoniste avec les attentes commerciales de l’armateur, mais les comportements des passagers changent. Avec l’avènement des réseaux sociaux et de l’Internet, de plus en plus de passagers ont tendance à organiser eux même leur séjour et visites à chaque escale. Les villes portuaires sont donc contraintes de suivre ces évolutions et de proposer sans cesse de nouveaux services.
Dans un autre domaine, une approche holistique et communautaire à Houston anime aussi l’initiative présentée par Michelle Hundley de The Economic Alliance Houston. Des groupes de travail composés de citoyens, d’élus, d’entreprises publiques et privées The Economic Alliance Houston ont pour objectifs la promotion des atouts de la ville et du port de Houston, tant à une échelle locale que globale. Les différentes filières et métiers de la ville portuaire sont ainsi exposés de façon très pragmatique aux jeunes et scolaires : comment se former ? Quelle carrière imaginer ? Quel salaire escompter ? Une approche culturellement nord-américaine qui porte ses fruits, et qui pourrait prochainement être reproduite dans d’autres états, d’autres villes portuaires.
En guise de conclusion, ces journées régionales ont permis de souligner combien l’autorité portuaire devait autant assumer son rôle économique qu’anticiper les enjeux sociétaux et environnementaux dans un espace Caribéen en pleine mutation et modernisation. Facilitations douanières, cadres communautaires de normes ou encore freins culturels n’ont pas été occultés dans des discussions qui ont su dépasser les spéculations sur les conséquences des nouvelles écluses de Panama.

Yann Alix / Olivier Lemaire

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