Synthèse AIVP Days Helsinki 2013 : « Culture et Compétitivité ville-port »

Annoncer la création d’équipement culturel sur des espaces portuaires encore actifs ou en reconversion suscite souvent discussions et controverses entre les acteurs concernés, mais aussi avec la population.

L’équipement culturel est-il indispensable au succès du lien ville-port ?

La discussion est d’autant plus ouverte dans un contexte de crise économique locale ou nationale. Ce fût le cas de l’Islande en 2008 alors que la construction de la salle culturelle Harpa sur l’interface ville-port de Reykjavik était lancée. Investir autant dans ce type d’équipement apparaît alors pour beaucoup comme risqué, n’étant pas, de toute façon, prioritaire.

Le retour d’expériences de ces nouvelles Rencontres AIVP démontre qu’in fine ce pari sur l’avenir est payant. Il a un impact positif sur la qualité de vie, en faisant de ces sites des lieux attirant des milliers de visiteurs et où la population souhaite vivre. Il conforte également les relations et les coopérations entre les parties prenantes.

Par ailleurs, au-delà des seuls bâtiments, l’enjeu est aussi de redonner vie à tout un territoire, et de construire des communautés. On peut y parvenir en s’appuyant sur la création de véritables quartiers culturels, comme à Reykjavik ou Buenos Aires. Une attention particulière est ainsi portée à la qualité des espaces publics pour favoriser l’appropriation des nouveaux équipements par la population. L’exemple espagnol de Malaga est sur ce point éclairant avec la création d’un parcours entre les équipements culturels qui existaient en centre-ville et les nouveaux équipements créés sur le waterfront. De nouveaux liens sont tissés, une nouvelle trame ville-port est créée. L’appropriation par la population est rendue possible par la création d’un même espace public ville-port et d’un imaginaire commun.

Au Mexique, à Veracruz, les besoins d’extension du port doivent également prendre appui sur la culture maritime, sur la culture de mer. Il est ainsi possible de faire comprendre au citoyen que la croissance du port n’est pas seulement un aout économique mais participe également au développement social et culturel de la communauté.

Favoriser la création d’une culture de place portuaire, favoriser l’acceptation de projets de réaménagement ou de développement ville-port, l’enjeu de l’équipement culturel pour les décideurs, urbains ou portuaires, est finalement semblable.

Valoriser l’image de la ville portuaire : le port source d’inspiration pour l’architecte

D’une certaine manière le concours lancé par le Port du Pirée en Grèce pour la reconversion des silos en musée est également un investissement stratégique à plus long terme : il vise l’acceptation sociale de la présence du port et l’amélioration de sa relation avec la ville, il change l’image d’un port perçu comme barrière.

Les bénéfices attendus de l’implantation d’un équipement culturel et d’espaces publics de qualité sont ici naturellement liés à la proximité immédiate du port passagers et d’une activité croisière en pleine croissance. Le choix des architectes est d’ouvrir le bâtiment vers l’extérieur et de ménager des vues sur le port actif. Les références au passé industriel sont également utilisées dans le traitement des espaces publics pour affirmer l’identité des lieux.

S’inspirer et exploiter l’architecture portuaire en respectant la logique des lieux est également la démarche mise en œuvre à Marseille pour les différents équipements culturels ambitieux qui ont été réalisés sur l’interface ville-port. Les projets y ont été conçus spécifiquement en fonction de la spécificité et de l’esprit des lieux. L’architecture portuaire devient alors ici l’outil d’une identité s’affirmant contre le risque de standardisation. Il s’agit aussi pour Marseille de renforcer un positionnement stratégique à l’international.

Selon Marta Moretti l’émergence de cette problématique de l’identité, de l’utilisation du vocabulaire portuaire et des réminiscences du passé portuaire comme opportunité pour créer une nouvelle identité est caractéristique de la seconde génération des « waterfronts ». Avec la crise économique semble se dessiner un changement d’attitude insistant davantage sur la réutilisation et l’exploitation des délaissés urbains. Ce changement est particulièrement présent dans les opérations d’aménagement des « waterfront » d’Europe du Nord. Ici, il s’agit d’une opportunité pour repenser le « waterfront » avec une attention plus forte portée à la question de la durabilité et de l’importance des espaces publics.

Le citoyen, partenaire de la performance portuaire

La performance portuaire se mesure désormais également à travers le degré de connaissance que le territoire possède de son propre tissu industriel et économique. Cela est d’autant plus vrai dans le cas d’une ville portuaire qui souffre bien souvent de l’image négative et parfois fausse qu’en ont ses propres citoyens. Comment dès lors construire une société qui puisse contribuer au développement économique en s’appuyant sur sa propre identité?

Pour Hakan Fagerström (Cie Ferry Tallink) l’émergence d’une culture portuaire peut favorablement influer sur le tissu économique portuaire local, à condition toutefois d’être portée par l’ensemble des acteurs de la ville portuaire. La nécessité de demeurer, en tant qu’activité économique, au cœur de la ville d’Helsinki, est particulièrement importante pour les acteurs du transport des passagers qui ne souhaitent pas voir arriver les navires dans un no-mans-land.

C’est aussi important pour la ville elle-même de sauvegarder des activités compatibles avec les usages urbains et d’accueillir des bateaux qui puissent témoigner des échanges internationaux portuaires. Selon Pascal Freneau du Port de Nantes en France, les ports sont des éléments structurants du monde et la compréhension du fonctionnement de ces échanges doit être encouragée.

De même, le Port israélien d’Ashdod depuis la reforme portuaire de 2005 a décidé de redéfinir sa stratégie d’entreprise et ses valeurs fondamentales en essayant d’améliorer l’image et les relations du port avec le public. La démarche est portée par la conviction que la collaboration avec la communauté et ses principales institutions est une valeur intrinsèque pour une autorité portuaire parfois confrontée à un dialogue social difficile.

La création d’un Port Center est l’une des mesures adoptées pour redonner une certaine fierté aux travailleurs dans le port. Ce dernier permet de présenter à la population et à la communauté d’Ashdod les différentes activités et métiers portuaires. C’est également un lieu et un point de rencontre qui permet d’ouvrir le port et de montrer aux investisseurs potentiels, l’intérêt que portent à leur territoire les diverses communautés, institutions, et entreprises. L’attractivité se retrouve renforcée grâce à une dynamique locale qui investit dans le développement d’une culture portuaire partagée.

Code ISPS, espaces contraints… : savoir créer et gérer l’événement culturel en milieu portuaire

Pour Jean-François Driant, Directeur d’un équipement culturel majeur au Havre en France, « Rien ne ressemble plus à une scène de théâtre qu’un bassin portuaire ». Le port est un formidable porteur d’imaginaire. Toute la difficulté est de trouver un espace commun pour traduire cet imaginaire en respectant les contraintes de la création artistique et les nécessités de l’exploitation portuaire.

De fait, comme l’ont souligné les débats, le Code ISPS semble en particulier difficilement contournable pour les autorités portuaires, à l’exemple de celui de la Guadeloupe soumis à la pression et au contrôle des Etats-Unis voisins. Comme l’a rappelé Harald Jaeger, CEO du port de Valparaiso au Chili, la sécurité est un actif du port, une valeur à protéger. Un éventuel attentat demanderait de nombreuses années de reconquête des passagers de croisière perdus. Pour autant, à Valparaiso quinze ans d’expériences et de multiples initiatives dans les domaines culturel, sportif, récréatif, etc. montrent qu’une ouverture partielle et temporaire du port (10 jours par an ici) est possible. Les débats avec la salle l’ont également montré : selon le Président du port de Bahia Blanca en Argentine, l’on peut réfléchir sur la création de corridors spécifiques à l’intérieur du port. Ils pourraient être financés en les intégrant dans les coûts portuaires. A Malaga, après trois ans de discussion, l’accès aux quais en l’absence des navires de croisières semble désormais possible.

Flexibilité semble être le maître mot, y compris pour l’accueil d’événements accueillant jusqu’à 1 million de visiteurs comme les Tall Ship Races. Un évènement qui, en dehors de ses retombées immédiates pour la ville a également un double impact positif : renforcement de la coopération entre acteurs urbains et portuaires, et création de financements pouvant ensuite être réinjectés dans les projets de redéveloppement ville-port.

Construire une continuité entre ville et port, créer une identité et renforcer la communauté locale, la culture apparaît bien au final comme un formidable levier de développement économique et social pour irriguer tout un territoire.

Télécharger les présentations de la Rencontre de l’AIVP à Helsinki, Juin 2013

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