Liège, un port fluvial citoyen, acteur de la mobilité régionale

Compte-rendu d’entretien avec Monsieur Emile Louis Bertrand, Directeur Général du Port de Liège*.

liege_actuOL_2014fev26_01Lorsqu’en octobre 2011, le groupe Arcelor Mittal annonce l’arrêt de la phase chaude dans ses aciéries liégeoises, le coup est rude pour toute la Wallonie et pour le port de Liège. Désormais d’autres fonctions portuaires et la logistique devront suppléer à cette activité traditionnelle. Le port de Liège, troisième port intérieur européen, idéalement connecté aux grands ports maritimes des Flandres par un réseau dense de canaux, relève le défi économique. Le projet Trilogiport prend alors toute sa dimension dans un bassin d’emploi affecté par une crise économique structurelle profonde.

Traversées par la Meuse et le canal Albert, les 32 implantations du Port Autonome de Liège, organisme public de la Wallonie, totalisent 370 ha. Au cœur de la « banane bleue » européenne, la région liégeoise et le port se découvrent une situation logistique exceptionnelle insuffisamment valorisée. Profitant d’une position centrale en Europe de l’Ouest, le port se situe à l’intersection de six autoroutes, d’un réseau ferroviaire dense et de voies d’eau accessibles tant aux convois poussés fluviaux de 4500 t, qu’aux caboteurs fluvio-maritimes de 2500 t. Le port assure des connexions rapides vers Anvers, Bruxelles, les Pays-Bas, Le Luxembourg, l’Allemagne et la France.

Au-delà des matières premières nécessaires aux aciéries, les trafics portuaires se sont diversifiés : marchandises diverses conteneurisées, granulats, matériaux issus des carrières wallonnes, bois. La voie d’eau est utilisée pour des chantiers de travaux publics urbains exceptionnels tels la gare ferroviaire inaugurée en 2009, œuvre de l’espagnol Santiago Calatrava. Les éléments métalliques qui sont la signature internationale de l’architecte, sont arrivés à Liège par cabotage fluvio-maritime. Si le tonnage portuaire (19 Mt en 2012) a baissé du fait de la diminution de l’activité sidérurgique, sa valeur ajoutée a augmenté et le port retrouve aujourd’hui un équilibre économique satisfaisant.

Au cœur d’une agglomération de 600.000 habitants, la voie d’eau en tant qu’alternative au transport routier prend tout son sens dans une région au trafic routier déjà saturé. Cette démarche est encouragée par la Ville de Liège et la Région Wallonne, membres à part égale du conseil d’administration du port, présidé par le Bourgmestre de Liège. Le lien institutionnel entre le port et les collectivités locales est ainsi fortement ancré dans l’histoire locale.

Le projet Trilogiport s’inscrit pleinement dans la stratégie liégeoise visant à faire de la ville portuaire une plate-forme multimodale incontournable et un acteur du développement durable régional. Directement reliée au canal Albert, modernisée en 1997 et ouverte désormais aux convois de 9000 tonnes, la plate-forme est connectée aux ports de Rotterdam, Anvers, Zeebrugge et Dunkerque. De nouvelles coopérations se mettent en place avec ces ports maritimes. Trilogiport accueillera dès fin 2015 un terminal conteneurs de 15 ha, une plate-forme logistique de 42 ha, des terrains portuaires pour 22 ha et une zone de services logistiques. A noter qu’à ce jour, 95% de l’ensemble des terrains portuaires gérés par le Port de Liège sont réservés par les acteurs économiques.

Trilogiport a pour objectif la création de 2000 emplois directs. Située en périphérie de l’agglomération liégeoise à proximité de zones d’habitat, Trilogiport a particulièrement soigné son intégration environnementale et paysagère : 39 ha entre la plate-forme et les quartiers d’habitation associeront espaces verts, promenades et jardins communautaires.

Le port de Liège entend ainsi contribuer à l’amélioration de la mobilité régionale en favorisant le basculement du trafic poids lourd vers la voie d’eau. Un projet de Gateway sur le canal Albert confortant cette stratégie est par ailleurs à l’étude. Pour relever cette ambition, la mobilisation des collectivités locales et de la classe politique régionale reste indispensable. Les évolutions des directives communautaires en faveur de la voie d’eau sont naturellement suivies avec attention. A travers cette démarche qui se veut exemplaire, le port de Liège, port entrepreneur et citoyen, s’affirme aussi comme un acteur du développement durable régional et européen responsable.

12 février 2014

Olivier Lemaire, Directeur Général de l’AIVP

*Le port de Liège est membre actif de l’AIVP depuis 2004.

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