Le Cap : vers une nouvelle relation ville-port

CS_CapeTown03_AIVP-DD_215_BLa reconversion du Victoria & Alfred waterfront du Cap fait partie des exemples internationaux bien connus et classiquement cités dans la littérature ville-port, à l’instar de Darling Harbour à Sydney, ou de l’Inner Harbour de Baltimore. C’est surtout une opération ambitieuse menée avec la volonté de révéler et valoriser la présence du port : un working waterfront où les fonctions urbaines côtoient la réparation navale, la plaisance et la pêche. Une nouvelle étape symbolisée par le Memorandum of Understanding signé entre la Ville et le Port en octobre 2013 est désormais ouverte, comme ont pu s’en rendre compte les participants de la Post Conférence que l’AIVP a organisée au Cap en novembre 2014.

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Victoria & Alfred Waterfront, un nouveau lieu de vie

A la fin des années 1980 la décision est prise de redévelopper les 123 ha du secteur des bassins Victoria et Alfred, le port historique peu utilisé puisque l’essentiel des activités du port de commerce avaient été délocalisées vers les bassins Duncan et Ben Schoeman plus à l’Est. La volonté des autorités est de développer un aménagement mixte au cœur de la ville mais également d’y préserver le patrimoine maritime et l’authenticité des lieux. Le choix qui est alors fait d’y maintenir certaines activités portuaires permettra de satisfaire à ce double objectif tout en répondant aux besoins du port et d’une partie de ses usagers. Port historique © Victoria & Alfred Waterfront ; © Victoria & Alfred Waterfront

En 2006 Transnet, l’organisme national en charge notamment de la gestion des ports sud-africains, décide de se recentrer sur son cœur de métier et vend le Victoria & Alfred Waterfront à Dubai World et au groupe London & Regional Properties. Depuis mars 2011 le Victoria & Alfred Waterfront est revenu dans des mains sud-africaines : Growthpoint, le plus grand groupe immobilier sud-africain et Public Investment Corporation (fonds de pension gouvernemental). Opération d’aménagement essentiellement privée, l’accent a toutefois été mis initialement sur l’importance accordée aux espaces publics avec un affichage stratégique qui sonne comme un slogan « the spaces are more important than the building themselves ». Victoria & Alfred Waterfront © AIVP

Plus de 23 ans après, 17500 personnes travaillent aujourd’hui sur ce working waterfront où les activités de réparation navale, quelques navires militaires, de nombreux navires de pêche et de plaisance de toutes tailles côtoient 450 boutiques, 80 restaurants et cafés, près de 200 bureaux, 11 hôtels et leur 1500 chambres, 570 appartements, des équipements récréatifs tels que musée maritime ou aquarium. Cette mixité revendiquée dès la conception initiale du réaménagement du secteur reste aujourd’hui une marque distinctive de cette opération exemplaire.

De multiples événements culturels ou sportifs sont également proposés sur le site, les derniers en date en 2014 étant ceux liés à Cape Town World Design Capital et à une étape de la Volvo Ocean Race en novembre. Volvo Ocean Race, Cape Town © AIVP ; Land uses © Victoria & Alfred Waterfront

Les derniers chiffres donnés par le V&A Waterfront Ltd en font également le lieu le plus visité en Afrique du Sud avec 23 millions de visiteurs annuels (dont 55% d’habitants du Cap et de sa région). Sa contribution au PIB de l’Afrique du Sud a été de plus de 15 milliards € sur la dernière décennie (2002-2012). L’impact économique régional ou local sur cette même période est tout aussi marquant : plus de 62% des dépenses des touristes visitant en 2011 la région du Western Cap ont été faites dans la ville du Cap ; la valeur des biens immobiliers a augmenté de 23% dans un rayon de 1,5 km, … D’ici 2023 les estimations liées aux nouveaux développements tablent sur une contribution de 2,1 milliards € au PIB et la création de 16000 emplois directs supplémentaires. Patrimoine © Victoria & Alfred Waterfront

La volonté initiale de préserver le patrimoine et s’appuyer sur le caractère identitaire des lieux s’est traduite par la valorisation de plus d’une vingtaine de lieux emblématiques dont certains bâtiments plus que centenaires. Dernier exemple en date, le Watershed : un ancien entrepôt reconverti par Wolff Architects en un marché artisanal et un espace d’exposition que les participants de la Post Conférence ont pu visiter peu de temps après son inauguration. Watershed, début des travaux © Victoria & Alfred Waterfront ; Secteur du Watershed © Victoria & Alfred Waterfront ; Watershed après © Victoria & Alfred Waterfront ; Watershed après © Victoria & Alfred Waterfront ; Watershed après © Aivp

Le projet en cours sur le secteur du silo à grain qui n’était plus utilisé depuis 1990 est très symbolique de la stratégie de préservation du caractère identitaire du site : à la fois par le bâtiment lui-même, qui est classé au patrimoine et est considéré comme une icône du skyline de Cape Town, et par le choix d’y implanter le Zeitz MOCAA, un musée dédié à l’art contemporain africain qui s’appuie ainsi sur l’identité africaine pour susciter son appropriation par la population et les futurs visiteurs. Secteur du silo © AIVP

Les 9500 m2 du musée seront répartis sur neuf étages autour d’un atrium central s’inspirant de la forme du grain de café et creusé dans une partie des 42 alvéoles du silo. Outre les espaces d’exposition, le projet de Heatherwick Studio prévoit également des espaces éducatifs, une librairie, un restaurant, bar, un jardin de sculptures sur le toit, etc. Il devrait ouvrir en 2016. Projet du silo © Heatherwick Studio

Sur ce même secteur silo/tour de l’horloge plusieurs immeubles accueillant majoritairement des bureaux, mais aussi des appartements et un hôtel de 225 chambres sont achevés ou le seront d’ici 2016-2017. Le silo : travaux en cours et immeubles déjà réalisés © AIVP

Mais c’est surtout sur le secteur tout proche que va se jouer ces prochaines années la redéfinition des rapports entre la Ville et le Port du Cap avec le projet Port Gateway Precinct.

Le projet Port Gateway Precinct : un dialogue renouvelé …

La multiplicité des acteurs concernés et des niveaux de décision – national pour le port lui-même géré par Transnet Ltd, régional avec le Gouvernement de la Province du Cap, et local avec la Ville – n’a pas été jusqu’alors sans frictions et stratégies parfois divergentes. La volonté clairement affichée par Patricia de Lille, maire du Cap, avec la signature à l’automne 2013 d’un Memorandum Of Understanding avec Transnet est de définir une vision commune à travers la création d’un espace formel de dialogue (Executive Liaison Structure and Technical meeting). Il pourra s’appuyer sur le Strategic Planning Forum, une structure existant déjà qui réunit Transnet, la Ville et la Province du Western Cap avec pour ambition notamment d’établir les projets prioritaires et les stratégies visant à leur mise en oeuvre.

Cette volonté s’appuie notamment pour la Ville sur une stratégie de développement économique dans laquelle le Port a un rôle majeur à jouer. De fait si la croissance des exportations a été peu soutenue pour Le Cap ces dernières années, 2013 a marqué une nette accélération avec une croissance de 13%. La majorité de ces exportations passent par le port. La croissance rapide de la population de la ville et celle du pouvoir d’achat peut également laisser espérer une croissance des importations. Le développement et l’efficacité du port s’inscrit ainsi dans le positionnement économique d’une ville qui entend bien se positionner comme porte d’entrée notamment sur le marché africain. L’appui renouvelé de la Maire du Cap à l’aménagement d’un terminal croisière sur le quai E, près du secteur Silo/Clock tower en redéveloppement, va aussi dans le sens de l’accompagnement du dynamisme touristique de la ville et ses retombées attendues.

… pour assurer le développement du port

Le Cap n’est pas le port prioritaire parmi les ports du pays gérés par Transnet, mais sur le secteur des conteneurs avec ses 708 604 TEU’s sur 2012/2013, il est toutefois le second port Sud-Africain après Durban. Sa localisation stratégique lui assure des échanges avec le monde entier. Son trafic de marchandises non-conteneurisées a dépassé les 2 MT sur la même période. Ses infrastructures actuellement dédiées à ces marchandises non-conteneurisées devraient lui permettre à court terme d’absorber la croissance attendue sur ce secteur. Le port doit faire face toutefois à des problèmes d’accessibilités routières croissants. Le développement de la part ferroviaire souhaité – et déjà engagé – par Transnet mais aussi la reconfiguration des liaisons entre les zones d’interfaces Port / Ville (notamment le CBD) / Victoria & Alfred Waterfront vont dans ce sens. Vue aérienne © Transnet

Le Duncan Dock est actuellement utilisé pour les activités multi-purpose, le vrac, la pêche, la plaisance et la réparation navale. Ben Schoeman Dock est lui essentiellement dédié au conteneur. Il est toutefois limité dans ses capacités à terre et plusieurs solutions sont d’ores et déjà envisagées pour lui permettre de répondre à la croissance du trafic conteneur qui pourrait atteindre les 25 MT d’ici trente ans (+ 150%). Dans un premier temps les secteurs à forte emprise ferroviaire de Culemborg et Salt River rail yards pourraient ainsi être recomposés pour développer une base arrière terrestre. Une extension vers le Nord pourra ensuite être envisagée à moyen terme.

La relocalisation du port de plaisance vers le secteur Silo/Clock Tower Victoria & Alfred Waterfront libèrera également de l’espace pour les activités portuaires. La réutilisation d’espaces vacants en dessous de l’autoroute est également une option complémentaire envisagée. Relocalisation du port de plaisance © Transnet ; Développement et nouvelles connections entre le port et Culemborg © Transnet ; Port Actuel  et  Moyen Terme © Transnet

… et une meilleure intégration

Le projet Port Gateway Precinct répond également à la volonté d’une meilleure intégration du port et de la ville.  Port Gateway Precinct Study area © City of Cape Town ; Vue aérienne © Transnet

Le site du projet Port Gateway ouvre en effet la possibilité de proposer des alternatives à une route actuellement surutilisée et congestionnée qui est la première porte d’entrée vers le Victoria & Alfred Waterfront et vers le port. Il permettra de proposer de nouvelles connections routières, piétonnes, mais aussi visuelles entre la ville, le port et le waterfront.

Le projet s’appuiera dans une première phase (0 à 5 ans) sur l’aménagement du terminal croisière sur le quai E et des espaces à ses abords ainsi que des espaces vacants le long de la Duncan Road située à proximité. Des équipements urbains (industries légères, commerces, …) seront également implantés notamment pour maintenir une activité en dehors de la saison croisière. Une nouvelle connexion routière et une extension du réseau actuel assureront de nouveaux points d’entrée pour le site. Phase 1 © City of Cape Town

Dans une seconde phase (5-10 ans) la prolongation du canal de Roggebai permettra de créer un nouvel espace public. Il servira également de frontière avec le terminal croisière sur le quai E et les activités portuaires présentes sur le quai F. La relocalisation de ces activités vers Culemborg et d’autres secteurs permettra ensuite de libérer des espaces pour de nouveaux développements urbains le long de Duncan Road, et de créer des espaces publics et de nouvelles liaisons piétonnes.

Les 3e et 4e phases confirmeront ce développement vers l’urbain :

  • reconversion de la Customs House et des entrepôts I & J vers de l’industrie légère, des commerces et boutiques (3e phase 10-20 ans) ;
  • évolution des quais B, C, et D vers du bureau, de l’hôtellerie restauration, etc. (4e phase : 20-50 ans).

Au Cap comme dans de nombreuses autres villes portuaires, la réussite de cet ambitieux projet, le devenir du port lui-même et son intégration réussie à la ville, se joueront une fois encore sur la qualité du dialogue entre les différentes parties prenantes. Une première étape a certes été franchie avec la signature du MOU et la possibilité de planification commune et intégrée qu’il inaugure. Les années à venir et les solutions mises en œuvre sur le terrain vont être dès lors du plus grand intérêt.

AIVP, Février 2015

Est membre de l’AIVP :

Transnet National Port Authority : http://www.transnet.net

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