Une nouvelle dynamique économique et urbaine devient alors possible : créer un marché privé et immobilier quasi inexistant, développer des pôles de services au bénéfice de l'ensemble de l'agglomération, étendre le centre-ville existant en l'ouvrant sur les bassins et sur l'eau et en faire un véritable centre d'agglomération.
En 1988 est fondé le Syndicat mixte Dunkerque-Neptune regroupant la Ville, la Communauté urbaine et le Port autonome de Dunkerque. La nouvelle équipe municipale élue en 1989 affirmera sa volonté de ne pas confier son destin au secteur privé et de prendre en charge un projet qui sera réintégré dans un projet global d'agglomération. Des études de faisabilité menées conjointement entre un aménageur (Projenor) et l'agence d'urbanisme (AGUR) conduiront en 1991 à la constitution d'une Société d'Economie Mixte, la S3D (Société de développement du Dunkerquois), et au lancement d'une consultation d'architectes-urbanistes. L'objectif fixé est de proposer non pas un projet formel, mais un guide, un cadre et des orientations d'ensemble pour une reconquête urbaine qui devra s'engager sur 20 à 30 ans. L'équipe de Richard Rogers qui est alors retenue commence l'élaboration d'un masterplan en concertation étroite avec tous les acteurs concernés, masterplan qui est approuvé à l'automne 1991.
Les ouvrages d'art destinés à désenclaver le site (Pont du Texel par Pascale Seurin, Ponts de la Citadelle et de l'Université, par Olivier Brasse) marqueront dès le début des années 90 la volonté d'affirmer l'identité des lieux et sa liaison avec le centre-ville dont le site est appelé à devenir le prolongement.
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Pont de la Citadelle © Association Internationale Villes et Ports | Bâtiment Universitaire © Association Internationale Villes et Ports |
La zone propose aujourd'hui une mixité entre :
- du tertiaire (premier immeuble de bureaux livré en 1996) ;
- de l'habitat (premiers logements privés livrés en 1997) ;
- le commerce et les loisirs (le "Pôle marine" notamment) ;
- l'enseignement supérieur et la recherche : Université et restaurant universitaire (Architecture Studio), ouvert dès 1992, et complété par la suite par la Maison de la Recherche sur l'Environnement Industriel du Dunkerquois (Rougerie et Brobacker), le Bâtiment des Sciences humaines (Luc Delmazure), le Bâtiment des Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Bruno Roussel) ;
- des services publics (Hôtel de la Communauté Urbaine) ;
- les équipements culturels (musée portuaire notamment).
Mais c'est également un secteur où des activités portuaires sont préservées ou implantées : pêche, terminal croisière, plaisance.
Terminal Croisière © Association Internationale Villes et PortsLa méthode retenue dès le début avec le masterplan de Richard Rogers, cette volonté de ne pas figer le projet, d'en préserver et rendre toujours possible les évolutions, constitue l'une des caractéristiques majeures - et, à cette époque, innovante - de ce qui est désigné comme le projet Neptune. Elle s'appuie sur la mise en place d'un partenariat étroit institué sous forme de "workshop" qui regroupe les services techniques de la ville et de la Communauté urbaine, l'Agence d'urbanisme, Projenor, la SEM S3D, architectes, designers. Le rôle fondamental de ce workshop dans l'émergence d'une culture du projet partagé, sera souligné fin 1999 lors du premier bilan de l'opération Neptune.
Après l'achèvement en 2000 du 'Pôle Marine' des architectes Reichen et Robert (salles de cinémas, commerces et restaurants, loisirs et culture), s'ouvre le temps du bilan et de la réflexion.
Quinze après, le centre de Dunkerque a profondément changé, mais le contexte socio-économique a lui aussi évolué. La Communauté urbaine s'est agrandie, les nouvelles connexions qui ont été établies (notamment l'autoroute A16 reliant Paris à la Belgique) et la progression continue du Port autonome de Dunkerque (3eme port français, plus de 53 millions de tonnes en 2005) repositionnent Dunkerque sur le plan régional et international. L'offre immobilière et la progression constante des prix ses quatre dernières années tendent par ailleurs à pousser une partie de la population vers les secteurs périphériques de la ville.
Aujourd'hui, à l'extrémité Est de la friche portuaire, entre le centre-ville et la ville balnéaire de Malo-les-Bains, les 42 hectares du Grand large présente pour les acteurs locaux l'occasion d'un second souffle pour le projet Neptune. Ce site qui accueillait en particulier les anciens chantiers navals offre une opportunité pour répondre aux risques de périurbanisation en développant un quartier attractif, de densité moyenne, qui pourrait notamment accueillir en 2011 près de 1000 logements.
Grand large, le site actuel, vue aérienne - © Nicolas Michelin - ArchitectureL'ambition annoncée est de bâtir "un quartier 21" répondant aux normes du développement durable. Le Grand Large est une opportunité de mettre cette démarche à l'oeuvre :
- sur le plan de la mixité urbaine et sociale : dans la première phase de 175 logements, 40 % seront des logements sociaux et 10% destinés aux primo accédants. Du studio au T5, le secteur pourra accueillir aussi bien du logement individuel que du collectif. Des services et outils propres à conforter cette mixité et le mélange des générations et des populations sont également à l'étude ('Maison de quartier', ou 'Maison des citoyens', qui pourrait être réalisée dans l'ancienne Maison des syndicats) ;
- sur le plan environnemental : mesures portant sur la gestion des eaux de pluie, bâtiments utilisant des techniques HQE (Haute Qualité Environnementale) et favorisant les économies d'énergie (ventilation naturelle, isolation renforcée, etc.), primauté accordée aux déplacements piétonniers sur la voiture.
Le souci de la concertation qui était au coeur de Neptune 1 prévaut toujours. Mais une nouvelle méthode de partenariat, dont la nécessité était évoquée dès le bilan étape de 1999, est engagée. Il s'agit cette fois d'associer le secteur privé en amont de la réalisation des projets, dès l'étape de la réflexion, pour éviter notamment les écarts entre les orientations initiales et théoriques de certains projets et leurs réalisations architecturales. Cette approche, nouvelle en France, est présentée comme une méthode de transparence et de co-production. Dans cette phase 1 du projet Grand Large, Dunkerque Littoral (Communauté urbaine) a ainsi tout d'abord demandé à des groupements de promoteurs de faire des propositions en évaluant dès le départ la charge foncière, les coûts de construction et la rentabilité des investissements. Les promoteurs retenus, dont le Groupe Nexity, sont ensuite amenés à travailler directement sur les choix d'aménagement. Le concepteur est ensuite sélectionné par le groupement de promoteurs sur la base du cahier des charges qu'ils ont élaboré avec la collectivité locale.
Sur cette première phase c'est la proposition de plan directeur pour l'ensemble du Grand large et l'esquisse de l'opération des 175 logements de l'architecte urbaniste Nicolas Michelin qui ont été retenues.
Plan guide du quartier du Grand Large - © Nicolas Michelin - ArchitectureLe projet est organisé autour d'un grand espace vert qui longe notamment le nouveau "Lycée des métiers" (800 élèves, Luc Delemazure architecte). Des maisons individuelles avec jardin privatif seront implantées autour de cet espace vert. Le long du quai sont programmés des immeubles collectifs de 5 à 6 étages, complétés par des petits logements intermédiaires, avec notamment des terrasses privatives.

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Maquette des logements collectifs et intermédiaires © Nicolas Michelin - Architecture | Maquette des logements collectifs en bordure de quai © Nicolas Michelin - Architecture |
L'architecture et l'esthétique des bâtiments en bordure de quai fait certes référence à l'architecture des Flandres, mais elle a également une vocation environnementale, la forme "en cheminée" jouant un rôle de ventilation naturelle. Sont également programmés :
- de nouveaux équipements éducatifs (école maternelle et primaire) ;
- une zone, dédiée aux loisirs, proposera une nouvelle patinoire, un pôle bowling-billard, une discothèque ;
- des équipements culturels : le FRAC (Fonds Régional d'Art Contemporain) viendra s'installer dans la "cathédrale", le grand bâtiment emblématique des anciens chantiers navals ;
- des accès modernisés ou créés (passerelle piétonne, nouveau pont).
La "Cathédrale", atelier de réparation des anciens chantiers navals © Association Internationale Villes et PortsLauréate du Grand Prix européen des villes durables en 1996, signataire de la Charte d'Aalborg, le développement durable est pour la Communauté urbaine de Dunkerque une conviction et un engagement de terrain. Mais cela peut également certainement constituer un atout, à l'instar d'autres villes d'Europe du Nord : celui de l'image forte, valorisante, d'une qualité de vie proposée à la population. L'ambition pour Dunkerque avec le projet du Grand Large est bien de le réaffirmer.
Vue de nuit du projet © Nicolas Michelin - ArchitectureSources:
- Quartier d'habitat du Grand Large. Dossier de presse, 17 octobre 2005. 20 p. + photos
http://www.dunkerquegrandlittoral.org/actualite/docshtml/presse.html
Contact : Valérie Desprez, Communauté urbaine de Dunkerque : valerie.desprez@cud.fr
- Un quartier maritime et vert au grand large / LOREAL, Annick - Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment, 11 novembre 2005, p. 36
- Après Neptune, Dunkerque vise le Grand Large / ALLAIN-DUPRE, Elisabeth - Urbanisme, N°330, mai-juin 2003, pp.22-27
- Neptune, 10 ans : projet et perspectives / AGUR - Actes du séminaire de Dunkerque, 3 décembre 1999, 63 p.
See also : http://devosfab.club.fr/index.html