Anvers : une mobilité repensée au bénéfice de la Ville, de ses citoyens, et du Port

Publié par  19 février, 2020 12:54 Laissez vos commentaires

vice mayor of the city of Antwerp, responsible for mobilityMettre en œuvre une mobilité durable est l’un des 10 objectifs de l’Agenda AIVP 2030. Le projet européen Civitas Portis est l’un des exemples proposant des solutions pour y parvenir. Il est coordonné par Anvers et, pour mieux appréhender ce qui en était attendu, nous avons souhaité nous entretenir avec Mr. Koen Kennis, adjoint au maire de la Ville d’Anvers, responsable de la mobilité.

La Ville d’Anvers et le Port d’Anvers sont membres de l’AIVP depuis 2008.

AIVP – Pouvez-vous nous résumer quels étaient les principaux enjeux concernant la mobilité pour la Ville et le Port d’Anvers, et les grandes orientations que vous avez prises pour y répondre ?

M. Koen Kennis, adjoint au maire en charge de la mobilité – Anvers abrite le deuxième plus grand port d’Europe et son plus grand complexe pétrochimique. L’actuel périphérique d’Anvers (Ring R1) est au cœur du réseau de transport transeuropéen (RTE-T). Sa partie Nord-Ouest n’a pas encore été achevée et l’infrastructure, d’une capacité insuffisante, est saturée. Des questions de sécurité se posent de manière récurrente en raison de la configuration et de la diversité des usagers du Ring (circulation urbaine et extra-urbaine, transport fret et passagers, etc.). Pour éliminer les embouteillages et résoudre les problèmes de mobilité dans la région d’Anvers, la création d’une troisième jonction, « la liaison Oosterweel », est devenue incontournable. La construction de la nouvelle voie et le recouvrement du périphérique sont des questions étroitement liées. Le recouvrement total impose que des priorités en matière de mobilité soient clairement établies dès maintenant. Le volume du trafic à venir doit être planifié de manière claire et cohérente dès la première phase des travaux. Un troisième pont de franchissement de l’Escaut permettra d’améliorer l’accessibilité du port et de la ville et de fluidifier la circulation dans la partie Sud du périphérique. Le projet a également été conçu de manière à séparer le trafic urbain du trafic extra-urbain. Les travaux ont démarré en 2019 et la liaison Oosterweel sera mise en service dès 2026.

AIVP – Quels étaient les éventuels points d’achoppement du projet lorsque vous l’avez élaboré ? Et, très concrètement, comment vous les avez-vous résolus et construit ce projet avec les principaux acteurs concernés, en particulier avec le Port d’Anvers ?

Antwerp Sustainable mobility

Consultation © City of Antwerp

M. Koen Kennis – Pendant une vingtaine d’années, le gouvernement flamand et le conseil municipal n’ont eu de cesse de modifier le calendrier des travaux pour le bouclage du périphérique et la construction d’un troisième pont de franchissement de l’Escaut. À Anvers, les mouvements citoyens StRaten-generaal et Ademloos ont éveillé la conscience du public sur les questions de la mobilité et de la qualité de l’air mentionnées plus haut. Ces préoccupations ont donné lieu à de nombreuses actions menées à l’encontre du projet Oosterweel, dont un référendum local et des actions en justice. En 2014, un troisième regroupement de citoyens de divers horizons (architectes, ingénieurs, enseignants, etc.) a proposé un vaste projet d’infrastructure prévoyant la redéfinition complète du réseau routier. L’ONG « Ring Genootschap », une initiative de la société civile unique en Europe, voyait le recouvrement du périphérique comme le moyen d’améliorer de façon durable la mobilité, tout en garantissant de bonnes conditions de vie dans un environnement plus vert. La campagne « Ringland » a rapidement pris de l’ampleur grâce à une communication active et à l’organisation de débats publics, de festivals et autres manifestations.

En 2015-2016, il a fallu passer d’une situation de conflit à un partenariat (co-)productif qui tirerait profit des connaissances acquises par les citoyens et du large soutien obtenu. En mars 2017, un accord a été trouvé et le « Traité pour le futur » (voir ci-dessous) impliquant l’ensemble des principales parties prenantes, dont les autorités portuaires d’Anvers, a été signé.

AIVP – De la même manière, quelles ont été les évolutions du projet suite à cette consultation des citoyens sur ces projets, par exemple sur le site de Oosterweel ?

M. Koen Kennis – Les revendications citoyennes selon lesquelles le bouclage du Ring devait être associé au recouvrement total du périphérique d’Anvers ont entraîné en 2016 la désignation d’un administrateur (« intendant ») chargé de trouver un consensus sur le sujet et de mettre en place des projets de suivi. À l’automne 2016, après 10 mois de consultations et de collaborations renforcées avec les différents acteurs (les trois principaux mouvements de citoyens, la Ville d’Anvers et le gouvernement flamand), l’administrateur désigné a commencé à rédiger une déclaration d’intention concernant le recouvrement du Ring. La préparation de ce document mettra un terme à une intense période pendant laquelle ont été organisés plus de 50 ateliers et 100 sessions de travail, avec la participation d’environ 3500 experts et décideurs politiques, 3000 citoyens, des entreprises et diverses organisations. Résultat : une coalition fondée sur une vision commune est mise en place.

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En mars 2017, l’on est parvenu à formuler un accord historique concernant le tracé du dernier tronçon du Ring, par lequel le gouvernement flamand, la Ville d’Anvers, les autorités portuaires et les différents mouvements citoyens conviennent de former une alliance pour la mobilité et la qualité de vie à Anvers. Par ce traité intitulé « Traité pour le futur », la Ville d’Anvers et le gouvernement flamand se sont également engagés à contribuer au financement du projet.

AIVP – Près de 3 ans après la mise en œuvre de différentes initiatives issues de ce projet, quel bilan pouvez-vous en tirer et quels seront ses prochaines étapes et éventuels ajustements ?

M. Koen Kennis – Ce projet de mobilité à l’époque controversé est aujourd’hui devenu un projet collectif d’aménagement urbain. Dans un premier temps, le déblocage politique et la définition d’un nouveau modèle de gouvernance ont entraîné la suspension de toutes les actions en justice menées à l’encontre de la liaison Oosterweel. Les travaux préparatoires au bouclage urgent du périphérique ont ainsi pu être lancés dès 2018, au lieu d’être à nouveau repoussés.

Antwerp Sustainable mobility

Eurocities Award Cooperation © City of Antwerp

 

Plus fondamentalement, l’approche basée sur la participation active et la recherche de consensus s’est avérée efficace.

 

Au sein de l’administration de la Ville, nous avons créé plusieurs groupes de travail afin de répondre aux enjeux sociaux, les transformer en atouts et assurer la coordination interne de nos actions. « The Big Link » : ce titre et le contenu du nouvel accord de coalition 2019-2024 reflètent l’approche horizontale que nous avons adoptée. Ces groupes de travail portent notamment deux ambitions :

  • en raison de l’ampleur et de la durée particulièrement longue de la tâche, nous avons grand besoin de personnel qualifié et de services de soutien. Trouver les profils qui font défaut aux employeurs constitue à la fois un défi et une opportunité. Notre volonté est donc d’exploiter au maximum la réserve de main d’œuvre locale et de recourir à la formation pour répondre aux besoins en recrutant le plus possible de talents à Anvers et dans la région.
  • Ces travailleurs doivent aussi pouvoir accéder à des logements de qualité. À cette fin, la Ville, en association avec le secteur privé, va lancer une procédure accélérée pour la rénovation et l’agrandissement à grande échelle du parc immobilier anversois (logements sociaux et logements abordables).

Plus d’informations : The Oosterweel link

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