Situé dans la province du Biobío au Chili dans la métropole de Concepción, l’autorité portuaire Talachuano est une autorité dynamique, engagée pour son territoire. La société publique Puertos de Talcahuano est propriétaire des ports de San Vicente et de Talcahuano. Elle s’est associée avec le CityLab Biobío pour développer un outil de modélisation de l’impact de ses projets sur les citoyens. Le CityLab est financé par le gouvernement régional du Biobío et la Chambre chilienne de la construction de Concepción avec une contribution de l’association Corporación Ciudades. Il fait partie d’un réseau mondial de partage de connaissances mis en place par l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT).
Interview avec Cristian Wulf, directeur des Ports de Talcahuano et Fernando Pérez, directeur du City Science Lab Biobío.
AIVP – En quelques mots, en quoi consiste la plateforme « Ciudad Portuaria » et comment le projet a-t-il été développé ?
Cristian Wulf – Ciudad Portuaria est une plateforme numérique interactive qui, grâce à la science, à la technologie et à la participation citoyenne, simule l’impact des projets de connectivité, de mobilité et d’aménagement du littoral sur la communauté et le développement durable des ports de Talcahuano et de San Vicente. Elle explore de multiples scénarios afin de renforcer la planification urbaine et la compréhension du contexte d’une ville portuaire. Il s’agit d’un outil permettant aux décideurs d’optimiser huit projets existants dans la commune et aux citoyens de prendre connaissance de leurs impacts, tout en proposant des solutions. Les impacts sont estimés sur la base de variables telles que les temps de trajet, la diversité de l’utilisation des sols, la vitesse des transports sur les itinéraires urbains, la qualité des transports en commun, la qualité de l’espace public, la proximité des arrêts et la longueur des embouteillages
AIVP – Cet outil numérique est très flexible, car il permet d’intégrer des informations pertinentes pour divers domaines. Pour quel thème s’est-il avéré le plus pertinent ? Comment les projets mis en ligne sur la plateforme ont-ils été choisis ?
Cristian Wulf – Il est important de souligner le caractère participatif de Ciudad Portuaria depuis sa création. La plateforme a été développée par Puertos de Talcahuano et City Lab Biobío, qui fait partie du réseau MIT City Science. Un aspect très important est qu’au début du développement de la plateforme, nous avons organisé un « atelier participatif pour la construction de villes durables » ; nous y avons invité la communauté, la municipalité et diverses entités, et en particulier les dirigeants d’organisations sociales de Talcahuano, qui ont identifié les besoins de la ville dans différents domaines. Par la suite, nous avons analysé avec différentes institutions les projets existants pour lesquels nous disposions de suffisamment d’informations pour les intégrer à la plateforme, ce qui nous a permis de sélectionner les 8 projets prioritaires. C’est de là qu’est également ressorti le thème le plus pertinent : améliorer la cohabitation entre le système logistique portuaire et la ville.
AIVP – Nous constatons qu’il s’agit d’un processus très participatif. Quelle a été la première réaction des habitants lorsque cet outil leur a été présenté ? Comment l’interaction avec les différents groupes d’intérêt s’est-elle structurée ?
Cristian Wulf – La réaction a été très positive dès le début grâce à l’atelier participatif ; ils ont ensuite pris part à la révision du projet pilote en proposant plusieurs ajustements pour rendre la plateforme plus conviviale, et ont enfin pu voir le résultat final. En résumé, ils ont le sentiment d’avoir contribué à la création de cet outil, et d’avoir été pris en considération quant à leurs aspirations et leurs idées pour construire ensemble le Talcahuano que nous souhaitons.
AIVP – Nous imaginons que le développement d’une plateforme de ce type soit très apprécié par d’autres acteurs territoriaux. Comment la municipalité l’a-t-elle accueillie ? Quels autres acteurs s’y intéressent ?
Cristian Wulf – La municipalité de Talcahuano a beaucoup apprécié ce travail, depuis son maire jusqu’au Secrétariat à la planification et à la Direction de la circulation. En effet, d’autres municipalités nous ont également demandé des démonstrations, afin de voir comment avancer dans une voie similaire. Nous l’avons également présenté à divers comités de quartier, autorités, universités, acteurs du secteur logistique, écoles et, par l’intermédiaire de City Lab Biobío, nous l’avons fait connaître à d’autres laboratoires à travers le monde, notamment lors du Summit Cities in Transition, le rendez-vous mondial annuel des laboratoires urbains du réseau MIT City Science, qui s’est tenu à Concepción en octobre dernier
AIVP – Cet outil permet de dialoguer avec de nombreux groupes, parfois peu habitués à interagir avec l’autorité portuaire. Quelle a été l’information la plus intéressante ou la plus inattendue que vous ayez découverte ?
Cristian Wulf – L’un des aspects les plus importants pour les différents acteurs a été de visualiser l’impact des divers projets sur leur qualité de vie, ainsi que de pouvoir analyser les projets et leurs impacts pour la commune, mais aussi dans des zones plus spécifiques comme une association de quartier, et ainsi, de manière conviviale, pouvoir analyser les projets et leurs impacts, tout en constituant un outil utile et simple pour la planification.
AIVP – Nous vivons à l’ère des ports intelligents et des villes intelligentes. Une partie importante de cette discussion porte sur la manière de partager et d’utiliser les données. Cet aspect a-t-il joué un rôle important dans le développement de la plateforme Ciudad Portuaria ?
Cristian Wulf – Le travail de compilation réalisé est intéressant : la manière dont nous avons recoupé les bases de données de différents ministères, de la municipalité, de l’Institut national de statistique et d’autres organismes. Cette collaboration a demandé des efforts au début, mais elle s’est accélérée avec le temps et a même permis d’intégrer des informations provenant d’autres plateformes. Mais surtout, comment a-t-il été possible de croiser ces informations, d’évaluer leur impact sur le tissu urbain et, en outre, de les représenter sur une carte ? Cet outil a le mérite d’être à la fois très complet et complexe, mais aussi simple et intuitif. De plus, comme il est tactile, il n’est pas nécessaire d’être un expert pour l’utiliser. Concernant le partage des données, un travail important a été mené pour garantir l’anonymat des données et respecter les règles de confidentialité. En ce qui concerne les ports intelligents et les villes intelligentes, ce qui nous semble le plus pertinent est de mettre en avant le concept de « smart citizen », le citoyen intelligent, une personne qui sait utiliser la technologie à son service dans ses actions locales. Avec cette initiative, nous voulons soutenir la promotion des « smart citizens ».
AIVP – C’est une plateforme puissante et très complète. On imagine que son développement et sa maintenance coûtent cher. Comment le développement et l’exploitation de cet outil sont-ils financés ?
Cristian Wulf – Il s’agit d’un outil dans lequel, en tant que Puertos de Talcahuano, nous avons décidé d’investir car il profite directement à la chaîne du commerce extérieur et à la ville qui l’accueille, et permet d’analyser et de planifier la ville de manière simple et pratique. C’est grâce à un accord avec City Lab Biobío, dans le cadre duquel chaque partie a collaboré sur divers sujets, que nous avons consacré du temps, recruté des professionnels spécialisés et mis à profit l’expérience du réseau Citylab pour mener à bien ce projet. Citylab bénéficie d’un financement public prévu pour une durée de 4 ans, jusqu’à fin juin 2026. Après cette date, on ne sait pas encore si nous pourrons obtenir davantage de financement public ou si Citylab devra changer de modèle administratif pour devenir un modèle commercial et fournir des services de conseil.
AIVP – La plateforme contient déjà de nombreuses informations, mais elle pourrait être utilisée à d’autres fins. Quelles sont les perspectives de développement de la plateforme ?
Cristian Wulf – Il s’agit d’un outil dans lequel, en tant que Puertos de Talcahuano, nous avons décidé d’investir car il profite directement à la chaîne du commerce extérieur et à la ville qui l’accueille, et permet d’analyser et de planifier la ville de manière simple et pratique. C’est grâce à un accord avec City Lab Biobío, dans le cadre duquel chaque partie a collaboré sur divers sujets, que nous avons consacré du temps, recruté des professionnels spécialisés et mis à profit l’expérience du réseau Citylab pour mener à bien ce projet. Citylab bénéficie d’un financement public prévu pour une durée de 4 ans, jusqu’à fin juin 2026. Après cette date, on ne sait pas encore si nous pourrons obtenir davantage de financement public ou si Citylab devra changer de modèle administratif pour devenir un modèle commercial et fournir des services de conseil.
AIVP – Pourquoi la ville portuaire de Talcahuano a-t-elle été choisie pour devenir un City Lab avec le MIT ? Quels étaient les principaux critères ?
Fernando Pérez – City Lab Biobío est le premier laboratoire de science urbaine du réseau MIT City Science dans l’hémisphère sud. Notre mission est de mener des recherches appliquées pour transformer la manière dont les villes sont planifiées, aménagées et développées.
Pour s’implanter dans une ville, City Science observe l’écosystème urbain dans son ensemble : s’il y a de la place pour expérimenter dans la ville, s’il y a des universités, s’il y a de bons professionnels locaux et s’ils mènent des recherches de premier plan, s’il y a de l’innovation, et surtout, s’il y a une volonté dans les sphères publique et privée de se joindre à cette mission de transformation de la ville. Sous l’impulsion du gouvernement régional et de la Chambre chilienne de la construction de Concepción, en collaboration avec Corporación Ciudades, nous avons créé cet espace unique au Chili.
Dans ce cadre, nous avons formé une alliance avec Puertos de Talcahuano pour développer la première plateforme numérique de simulation pour une ville portuaire en Amérique latine.
AIVP – Quelles sont les perspectives de développement de la plateforme dans d’autres villes faisant partie du réseau CityLabs ?
Fernando Pérez – Le réseau City Science regroupe des villes du monde entier, avec des expériences et des approches de recherche très variées. À Hambourg, l’accent est mis sur la création de plateformes de données et de simulation au service des gouvernements locaux et fédéraux pour renforcer les politiques urbaines ; à Taipei, les chercheurs développent des prototypes d’intelligence artificielle pour l’évaluation et l’impact de projets à grande échelle dans la ville ; Shanghai se consacre à l’étude de l’intersection entre le design, la technologie, l’innovation et la ville, en créant des modèles d’IA guidés par l’humain pour produire de l’art et une technologie de premier ordre.
Nous empruntons ces voies déjà tracées par les autres laboratoires et cherchons à les adapter au contexte local et à l’objectif de la plateforme numérique Ciudad Portuaria. Il s’agit donc d’un échange constant de connaissances et de science entre les équipes. Faire partie de ce réseau mondial de recherche appliquée sur la ville est un avantage et un atout pour les villes du Biobío ; avoir la possibilité de faire venir des scientifiques d’Asie, d’Europe et de l’une des meilleures universités du monde apporte une valeur ajoutée à tout projet que l’on souhaite réaliser avec nous.