Valparaiso est une des villes chiliennes les plus connues en raison de son histoire, son patrimoine, ses institutions universitaires et bien sûr de son port. Située dans la célèbre Région de Valparaiso, la ville compte aujourd’hui environ 300.000 habitants et l’ensemble de l’aire métropolitaine en rassemble plus d’un million.

Dès le XIXème siècle, et plus encore au XXème, le développement des liaisons maritimes a permis à Valparaiso de s’imposer comme un port indispensable au pays. Durant ces dernières années, les projets d’agrandissement de la zone portuaire ont dû faire face à deux défis majeurs : des complications inhérentes à la situation géographique de la ville et une complexité d’ordre institutionnel, le centre historique de Valparaiso étant désormais inscrit au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO.

La volonté de dégager une vision cohérente pour l’ensemble du waterfront et du port a poussé l’entreprise portuaire de Valparaiso (EPV) à initier en janvier dernier un processus de dialogue. Une première étape se déroulera jusqu’à fin avril au cours de laquelle les habitants et les différentes autorités pourront exprimer leurs points de vue concernant l’aménagement du port à l’approche du 500ème anniversaire de la ville et les moyens d’établir une meilleure relation ville-port.

Franco Gandolfo, directeur général de l’EPV, nous explique dans cet entretien comment s’est déroulé ce processus.

Le Port de Valparaiso, est un membre actif de l’AIVP depuis 2002

Panoramic View Valparaiso - Javier Rubilar
Panoramic View Valparaiso – Javier Rubilar – www.flickr.com/photos/23579749@N00

Valparaíso Dialoga

AIVP – Les projets d’aménagement portuaire donnent souvent lieu à de vifs débats car ils concernent de nombreux acteurs, internationaux, nationaux et locaux, avec parfois des points de vue et des intérêts divergents. L’AIVP a accompagné le débat qui s’est tenu à Valparaiso. De nombreux citoyens, experts et hommes politiques ont pu s’exprimer et ces échanges ont bénéficié d’une large couverture médiatique. Après toutes ces conversations, quel est le plus grand défi à relever en ce qui concerne la relation ville-port à Valparaiso ?

Franco Gandolfo, directeur général de l’EPV – Le Port de Valparaiso est à l’origine de cet espace d’échanges que nous avons appelé « Valparaíso Dialoga » (Valparaiso dialogue). L’objectif principal est de créer un environnement favorable au développement de la zone portuaire afin que le Chili puisse faire face aux défis du commerce extérieur. Les nouveaux aménagements devront bien sûr répondre aux besoins de l’industrie à l’échelle mondiale tout en respectant les différentes missions qui sont celles de notre ville portuaire. Notre intention est aussi de faire émerger de nouvelles formes d’interactions entre les activités portuaires et la ville de Valparaiso.

Notre plus grand défi est de rassembler le plus d’acteurs possibles, définir tous les points d’accord et ainsi avancer sans heurts sur les projets d’aménagement portuaire qui apparaissent comme étant indispensables, tout en exploitant au maximum l’un des principaux atouts stratégiques du port, à savoir les eaux abritées de la baie de Valparaiso. Nous devons également nous assurer que ces aménagements renforceront les autres missions de la ville en matière de patrimoine, de tourisme, de commerce, de vie universitaire, etc.

Au sujet des divergences, il nous faudra y faire face, trouver des solutions et les transformer en opportunités pour les intégrer aux défis qui sont devant nous. Valparaiso a besoin aujourd’hui d’investissements et de développement, et nous pensons que l’activité portuaire doit rester le principal vecteur du renouveau de cette ville si importante pour le pays et si intimement liée à son histoire. Et, naturellement, le port de Valparaiso doit rester l’un des piliers du commerce extérieur chilien.

Logo Valparaíso Dialoga ©EPV

La confiance du public

AIVP – Même si l’interaction Ville Port a des racines historiquement profondes, il n’en demeure pas moins que ce dialogue Ville Port était jusqu’alors insuffisant, que ce soit avec les institutions ou surtout avec les citoyens, et c’est l’une des principales difficultés à laquelle se heurtent les entreprises et les autorités portuaires telle que l’EPV. Cet état de fait a bien souvent conduit à un climat de défiance au sein de la population et a rendu plus difficile la recherche de compromis. Que fait l’EPV pour retrouver la confiance du public ? De quelle façon l’initiative « Valparaiso Dialogue » va-t-elle contribuer à ce processus et comment est-elle organisée ?

Franco Gandolfo, directeur général de l’EPV – « Valparaíso Dialoga » a été conçue avec l’aide de spécialistes afin de rassurer et mettre tout le monde en confiance. Nous avons ainsi pu, dès le départ, naviguer dans des eaux calmes et créer, ou plutôt retrouver, le climat de confiance indispensable à la réussite de ce genre d’initiatives. Notre entreprise est à l’écoute et ouverte au dialogue avec les très nombreux acteurs qui sont aujourd’hui partie prenante dans ce processus. Nous sommes persuadés que c’est le meilleur moyen de recréer de la confiance.

Un dialogue franc, sincère, respectueux et la capacité de lâcher du lest sur des sujets complexes ou ardus sont toujours bénéfiques, et « Valparaiso Dialogue » est l’instance idéale pour tisser des liens de confiance.

Ville portuaire de Valparaiso ©EPV

Engager les Stakeholders

AIVP – Un des points essentiels dans ce genre de dialogue est de déterminer quels stakeholders doivent participer. Pour « Valparaiso Dialogue », vous avez fait appel à un très large éventail de stakeholders. Comment avez-vous sélectionné les participants au débat ? Quelles ont été les principales difficultés pour intégrer dans ce processus autant d’institutions et de personnes avec des expériences si différentes ?

Franco Gandolfo, directeur général de l’EPV – « Valparaíso Dialoga » a pour volonté d’associer tous ceux qui souhaitent échanger, partager leurs opinions et faire des propositions sur le développement de la ville, l’aménagement portuaire et la relation Ville Port. C’est pourquoi nous avons mis au point une méthode de travail qui nous permette à la fois de trouver des accords sur les grandes orientations de l’activité portuaire et sur la nécessité d’agrandir le port, mais aussi d’écouter et d’échanger sur des thèmes tels que le patrimoine et l’aménagement urbain, le tourisme et le waterfront, le développement productif et local, les acteurs portuaires, et le développement social et communautaire.

Nous avons invité un grand nombre de personnes : autorités, entreprises, syndicats, associations citoyennes, professionnels de différents secteurs, citoyens, dirigeants, travailleurs portuaires, etc. C’est un appel ouvert à tous sans aucune restriction.

Mener à bien ce genre d’initiative en pleine pandémie et avec les mesures sanitaires en vigueur constitue un immense défi. Mais en faisant appel à l’expertise externe de la Fondation Casa de la Paz, nous avons pu réaliser des réunions et des ateliers de travail via l’application Zoom qui ont permis des échanges d’opinions très enrichissants entre tous les participants.
Conjointement à ce travail par visioconférence, nous avons aussi organisé des activités destinées au plus grand nombre. Nous avons ainsi signé une convention avec l’Université catholique de Valparaiso pour l’organisation de webinaires et de discussions ouvertes à toutes les personnes désireuses d’apporter leur vision et leur expertise, ce qui a aussi contribué à élever le niveau des connaissances de chacun et à enrichir le débat d’idée.

Conseil de coordination Ville Port

AIVP – Au Chili, la loi Nº 19.542 portant création des Conseils Ville Port pour un développement Ville Port harmonieux existe depuis plusieurs années. Ce Conseil réunit plusieurs parties prenantes comme la municipalité, l’EPV, la chambre de commerce, la Région, les entreprises et les aménageurs. Quel est le rôle du Conseil Ville Port dans ce nouveau processus, dans la construction d’une vision à l’horizon 2036 (les 500 ans de la ville), ainsi que dans la relation Ville Port ?

Franco Gandolfo, directeur général de l’EPV – « Valparaíso Dialoga » a été conçue comme un processus ouvert à la participation, il n’est pas restreint à une quelconque autorité. Nous pensons que ces échanges étaient nécessaires car ils nous auront permis de nous mettre à l’écoute des acteurs qui, pour une grande majorité, ont exprimé leur attachement à la vocation portuaire de la ville. Nous avons aussi pu voir qu’il existait un fort consensus sur la nécessité d’agrandir le port. Ces observations seront très utiles à la mission des instances formelles de décision.

Au terme de ce cycle de dialogue et d’écoute, nous poursuivrons par une étape de discussion destinée à faire avancer les accords sur cet indispensable projet d’extension portuaire. Le Conseil de coordination Ville Port sera bien sûr invité à participer.

Waterfront of Valparaiso
Les habitants visitant le port ©EPV

Une vision cohérente pour l’ensemble du waterfront

AIVP – « Valparaíso Dialoga » vise avant tout à développer une vision cohérente pour l’ensemble du waterfront. Selon vous, quels sont les éléments indispensables à prendre en compte ? Comment pensez-vous pouvoir intégrer les autres valeurs de Valparaiso, comme par exemple sa vocation patrimoniale ou universitaire, dans cette vision ? Quel est le rôle des habitants dans la définition de cette vision ?

Franco Gandolfo, directeur général de l’EPV – Il est avant tout primordial de rendre compatibles les usages d’un waterfront dont le foncier appartient à de multiples propriétaires, dont le port. Il faut chercher à donner forme et consistance au bord de l’eau : pour vitaliser cette portion de territoire, il ne suffit pas d’aménager des promenades et des espaces verts, il faut y développer des usages qui fournissent à la ville l’énergie dont elle a besoin. Si l’on regarde du côté des autres ports du monde, on constate, par exemple, que le masterplan de Palerme en Italie définit trois types d’interactions entre la ville et le port :

  1. Le mode « rigide », dans le cas des activités purement portuaires liées à la manipulation des marchandises, où l’accès du public est interdit,
  2. le mode « perméable », dans le cas de l’activité croisière et des autres activités maritimes réglementées, où l’accès du public est restreint,
  3. le mode « fluide », dans le cas des activités de plaisance, culturelles et de loisir, où l’accès du public est libre.

Se fondant sur cet ordonnancement, Puerto Valparaíso considère que les espaces publics du waterfront peuvent être investis essentiellement de 3 manières :

  1. via, entre autres, les jetées, les quais et les marinas, pour accéder à la mer
  2. via, entre autres, les promenades, les places et les parcs, pour se promener au bord de l’eau, et
  3. via, entre autres, les belvédères, les ascenseurs et les passerelles, pour voir la mer. C’est en développant ces trois types d’usages que l’on réussit à donner une réelle consistance à l’environnement côtier et maritime des villes portuaires. Si l’on y associe un type d’interaction, l’on constate qu’il existe des waterfronts rigides, perméables et fluides. Nous nous sommes appuyés sur la combinaison de ces concepts pour établir le diagnostic qui nourrira notre projet d’extension portuaire et qui permettra de définir les usages à donner à l’ensemble du front de mer.

Notre waterfront est aujourd’hui fragmenté et disparate, et les usages qui y sont développés ne suffisent pas à en faire un lieu vivant. Pour que le dialogue soit réel, il faut absolument impliquer tous les propriétaires fonciers, les concessionnaires, les gestionnaires et les exploitants de la zone côtière. Nous pensons que le grand défi est de parvenir à co-construire un espace côtier continu et accessible à tous les habitants de Valparaiso.

Collaborer avec les universités

AIVP – Pour finir, l’Université catholique de Valparaiso participe à ce dialogue. Quel rôle donner au monde universitaire dans ce genre de processus ? Comment établir un partenariat avec les universités ?

Franco Gandolfo, directeur général de l’EPV – Valparaiso se positionne depuis déjà plusieurs années en tant que pôle d’enseignement supérieur. Et l’Université catholique de Valparaiso, l’un des plus vieilles institutions éducatives de la ville, a tout de suite cru au projet, manifestant sa volonté d’y adhérer en vue de conduire le dialogue à bon port.
De ce point de vue, l’université joue un rôle très important dans tout ce qui se passe en ville, et pas seulement dans le domaine portuaire. On ne peut sous-estimer ni les moyens qu’elle déploie pour mener des travaux de recherche ni le point de vue académique qu’elle apporte au développement de la ville, sans compter tous les jeunes talents locaux, mais aussi venus de tout le pays et de l’étranger, qu’elle forme.