Observatoire Villes Ports Océan Indien…deux ans déjà

Publié par  21 juin, 2012 8:56 Laissez vos commentaires

Interview : Wilfrid Bertile, Président, Observatoire Villes Ports Océan Indien, La Réunion

(13e Conférence Mondiale Villes et Ports – 21/06/2012)

Wilfried Bertile

Wilfried Bertile

AIVP :  D’un point de vue géostratégique, qu’est ce qui fait aujourd’hui de l’océan Indien un territoire spécifique ?

W. Bertile: Plus de 2 milliards d’habitants vivent dans les quelques 50 pays bordiers de l’océan Indien. A ce poids démographique et politique s’ajoute un rôle primordial de transit. Dans la partie nord de l’océan, les Etats du Golfe produisent 30% du pétrole mondial. A partir d’eux se déploient les deux tiers du trafic pétrolier du monde aussi bien vers l’ouest, à destination de l’Afrique et de l’Europe, que vers l’est pour notamment l’Inde, la Chine et le Japon. De même c’est par cet océan que se fait le trafic entre l’Asie du Sud et de l’Est et l’Europe. L’océan Indien voit passer chaque année la moitié de la flotte des porte-conteneurs et le tiers des vraquiers de l’ensemble du monde. La sécurité de la navigation et de ses accès par les détroits stratégiques de Bab el Mandeb (mer Rouge) et de Malacca (Malaisie) ainsi que par Le Cap revêt une importance vitale. C’est pourquoi les Etats-Unis maintiennent des bases à Barhein pour la VIIe flotte et à Diego Garcia au beau milieu de l’océan. La France est présente à Djibouti et dans le sud-ouest de l’océan Indien. La Chine s’appuie sur un chapelet de bases dans le nord de l’océan pour sécuriser son approvisionnement pétrolier et l’Inde y déploie des forces pour la même raison et pour contenir l’influence du Pakistan.

AIVP: L’observatoire, malgré sa jeunesse, a déjà mené différentes études. Si vous deviez en extraire un fait marquant quel serait-il ?

W. Bertile: Les deux études principales ont porté sur les conditions d’accueil de la croisière et sur les pratiques environnementales des ports du sud-ouest de l’océan Indien. Pour ce qui concerne la première étude, le sud ouest de l’océan indien est une région de croisières émergente. Il faudrait diversifier l’offre de croisières et mieux coordonner l’accueil, mais l’essor de cette activité est actuellement entravé par la piraterie d’origine somalienne. Pour ce qui est de la seconde, ce qui frappe c’est la disparité des réponses apportées aux pollutions et nuisances dans les places portuaires qui reflète les niveaux de développement différents des pays.

AIVP:  L’observatoire contribue aussi bien entendu à fédérer les villes portuaires de la région : quelle est l’étendue du réseau aujourd’hui et les coopérations régionales s’en trouvent-elles dynamisées ?

W. Bertile: L’Observatoire a démarré il y a deux ans avec trois membres, Le Port (Réunion), Durban (Afrique du Sud) et Tamatave (Madagascar) situés dans 3 pays. Nous en sommes aujourd’hui à quinze membres, répartis entre 9 pays, aussi bien sur le contient africain (Afrique du Sud, Kenya, Mozambique) que dans les îles (Madagascar, Seychelles, Réunion, Comores, Maurice) et le reste de l’océan indien (Australie Occidentale). Des accords de partenariats avec les associations portuaires ou les organisations d’intégration régionale complètent le centre de ressources, les études et les séminaires de l’Observatoire. Notre association est un des réseaux de coopération régionale non étatique les plus étendus dans la région et contribue à faire naître un sentiment d’appartenance à un ensemble régional.

AIVP:  Et pour l’avenir, quels sont vos projets ?

W. Bertile: Il nous reste à consolider le réseau et à l’étendre notamment vers la Tanzanie, Mayotte et le nord ouest de l’océan Indien. Nous verrons aussi comment associer les membres de l’AIVP situés dans d’autres régions de l’océan Indien et aussi des places portuaires africaines de l’Atlantique intéressées par nos activités. Il nous faut aussi faire vivre les partenariats existants. Une nouvelle étude porte sur l’offre et la demande régionales dans le domaine des métiers de la mer et un centre d’intelligence économique voit le jour. Enfin, nous avons le souci de donner une suite opérationnelle aux études que nous menons. C’est l’objet de « carnets » de travail que nous avons arrêtés lors de notre séminaire d’avril dernier à Maurice. Des propositions concrètes ont été avancées comme une coordination des acteurs de la croisière dans chaque place portuaire ou la mise en commun d’expertises dans le domaine des pratiques environnementales. L’Observatoire est un projet pilote de l’AIVP et nous espérons être suivis par d’autres régions du monde.

www.indianocean-aivp.org/

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