L’inspiration se trouve-t-elle dans la ville portuaire ?

Publié par  30 juillet, 2012 8:00 3 Comentaires

Interview : Mario Girard, Président Directeur Général, Port de Québec, Canada

(13e Conférence Mondiale Villes et Ports – 19/06/2012)*

Mario GirardAIVP : Vous avez été nommé Président Directeur Général de l’Administration Portuaire de Québec en janvier 2011. Après donc 18 mois à la tête du port, comment décrieriez-vous la relation Ville Port à Québec ?

M. Girard : La relation Ville-Port à Québec est en plein développement selon moi. À mon arrivée en poste, l’un de mes premiers gestes à titre de PDG fut de commander un sondage auprès de la population afin de connaître le niveau de perception et de connaissance des gens envers l’Administration portuaire de Québec (APQ) et ses opérations. Les résultats furent très révélateurs. Selon ledit sondage, la population possédait une méconnaissance générale du Port de Québec. Celle-ci a entraîné la création de plusieurs mythes qui se sont solidement ancrés dans l’imaginaire des gens de Québec. C’est pourquoi nous avons entrepris, mon équipe et moi, de rencontrer un très grand nombre de groupes d’intervenants représentant le plus fidèlement possible l’ensemble de la population constituant l’environnement du Port de Québec. Cette façon de faire nous a permis de rétablir les faits dans plusieurs cas et ainsi de développer de nouvelles bases sur lesquelles nous consolidons actuellement notre relation Ville-Port. Cette initiative a donné naissance à un comité de relations avec la communauté afin que les efforts déployés perdurent dans le temps.

AIVP : Selon vous, la culture peut-elle jouer un rôle de catalyseur dans la relation ville port ?

M. Girard : En ce qui concerne la culture au sens large, je crois que cette dernière peut en quelque sorte amener les gens à contempler l’environnement portuaire sous une facette plus ludique, moins commerciale. En fait, la culture peut permettre de rendre accessible un port, lui donner une apparence plus humaine, lui donner un visage et des traits qui lui sont propres. Elle peut même permettre au port de mieux s’intégrer à son milieu. De façon plus précise, si nous parlons plus spécifiquement de la culture maritime proprement dite, je crois que celle-ci se doit d’être valorisée et renforcée. Elle ne doit en aucun cas être prise pour acquise. Vous savez, une ville possédant une culture portuaire solide et forte signifie implicitement qu’elle est bien au fait de l’importance de l’impact du port et ce, tant sur le plan économique que social. Les mythes sont alors déboulonnés, ce qui favorise la relation Ville-Port et rehausse l’efficacité des diverses collaborations entres les parties.

AIVP: Et au-delà de la culture, comment le port peut-il éveiller chez le citoyen une curiosité pour le fait portuaire, qu’il soit maritime ou fluvial ?

M. Girard: Tout simplement en entretenant une relation continue avec la population. Il faut démontrer un intérêt sincère et significatif envers cette dernière en l’impliquant et en lui démontrant que l’autorité portuaire a à cœur de s’intégrer au milieu qui l’entoure. Il faut prendre en considération les espoirs et les questionnements de ces gens qui constituent l’environnement économique et social du port. Il faut que l’autorité portuaire œuvre à l’instauration de démarches qui perdureront dans le temps tels que: la création d’un comité de relations avec la communauté, la tenue de journées portes-ouvertes, la participation à des salons maritimes et économiques, des rencontres avec des groupes et des organismes en favorisant le dialogue, etc. Bref, Le port et la population se doivent de partager ensemble leurs enjeux respectifs et communiquer dans le plus grand respect mutuel. La réalité de l’un doit être connue de l’autre. La curiosité vient avec la possibilité d’apprendre et de comprendre. Pour ce faire, une ouverture d’esprit mutuelle est absolument nécessaire.

AIVP : Vous êtes également vice-président du Festival d’été International de Québec ! Un moyen supplémentaire pour attirer les croisiéristes ?

M. Girard : En fait, mon implication à la direction du Festival d’Été de Québec remonte bien avant mon arrivée au Port de Québec. Il n’y a pas de lien à faire à ce niveau. De plus, 80% de l’achalandage généré par les croisières internationales au Port de Québec se produit durant les mois de septembre et octobre. Le Festival d’Été de Québec se déroule de son côté du 5 au 15 juillet. Toutefois, l’APQ et l’ensemble des intervenants impliqués au développement des croisières sur le Saint-Laurent travaillent actuellement très fort afin d’exploiter la saison estivale pour le marché des croisières internationales. Cependant, bien que le Festival d’Été de Québec représente un produit d’appel international pour l’offre touristique de Québec, il ne constitue pas actuellement un moyen supplémentaire pour attirer les croisiéristes.

(*) Port en croissance dans une ville du patrimoine mondial : communiquer pour une relation ville-port renforcée – www.citiesandports2012.com

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3 commentaires

    Louis-H. Campagna says:

    Comment se fait-il que l’Administration portuaire de Québec (APQ) , contrairement à d’autres ports exemplaires dans le monde–je visitais Toulon récemment ; voir note 1.–, n’a pas rencontré jusqu’à présent le noble étalon de son énoncé de Mission « […] dans le respect de la communauté et de l’environnement.» ?
    Ainsi, comment se fait-il que l’histoire encore récente de l’APQ témoigne d’épisodes récurrents de conflits plutôt inégaux impliquant tour à tour les véliplanchistes (Baie de Beauport), les canotiers à glace (secteurs Estuaire et Pointe-à-Carcy), les baigneurs (bassin Louise intérieur), les kayakistes de la Route bleue (Anse Brown), les pêcheurs en ville (tout le long du littoral), etc. ? Pour quand un réel partage de la ressource litorale urbaine ? Pour quand un authentique accès et un usage non-motorisé par la population et les touristes du fleuve Saint-Laurent devant Québec ? Pour quand un réaménagement des quais et le retour en de meilleurs sites de mouillage–devant la place de Paris, par exemple–pour les petits entrepreneurs fluviaux (bateaux de pêches et autres caboteurs de tout acabit), gages d’un dynamisme économique local authentiquement portuaire–j’en ai vu un exemple au Port de Saumaty, à Marseille, voir note 2).
    Bref, pour quand une vision du XXIe siècle de la Ville-Port, soit celle d’une réelle symbiose, offrant à chacun (industrie, commerce et loisirs motorisés ou non) sa « niche écologique » à la faveur de l’ensemble ?

    Louis-H. Campagna
    Citoyen de la Ville de Québec

    note 1 : http://www.varmatin.com/article/toulon/toulon-les-plages-du-mourillon-decrochent-le-pavillon-bleu.27874.html
    note 2 : http://fr.wikipedia.org/wiki/Port_de_Saumaty

    Jean Lacoursière, citoyen de Québec says:

    Abordons tout d’abord un certain « mythe »… .

    Dans son Rapport annuel 2011, le Port de Québec traite de « mythe » la croyance que ses opérations et sa survie dépendent de subventions du gouvernement fédéral (Ottawa). Or, on apprenait en juillet 2012 (ref. 1) que le Port misait sur Ottawa. Le ministre fédéral des transports Denis Lebel disait attendre les plans de 400 millions $ du Port, pour entre autres augmenter le transbordement de vrac en créant de nouveaux terrains par remblaiement du fleuve du côté sud de la péninsule de Beauport.

    Par ailleurs, monsieur Girard dit « démontrer un intérêt sincère et significatif envers la population en l’impliquant »…, « démontrer que l’autorité portuaire a à cœur de s’intégrer au milieu qui l’entoure »… et « prendre en considération les espoirs et les questionnements de ces gens qui constituent l’environnement économique et social du port ». Pendant ce temps, il ignore volontairement une résolution unanime des neuf conseils de quartiers de l’arrondissement La Cité – Limoilou (ref. 2) qui demandent un débat public de fond sur la vocation du bassin Louise de Québec, un lac urbain à moitié vide où il est interdit de se baigner sous peine d’amende ou de prison, et dont le Port entretient (à perte) la vocation de club privé (marina).

    Quant au Comité de relations avec la communauté, il est composé de membres triés par le Port. Les organismes ouvertement critiques de certaines de ses actions en sont écartés. Les réunions du Comité se tiennent à huis clos.

    La relation Ville-Port à Québec s’est améliorée, mais on partait de tellement loin… . Il reste encore du chemin à faire.

    Jean Lacoursière
    Citoyen de Québec

    1) http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/actualite-economique/201207/10/01-4542522-le-port-de-quebec-mise-sur-une-oreille-attentive-a-ottawa.php

    2) http://www.gensdebaignade.org/documents/CONSEILS_DE_QUARTIER.pdf

    Jean Lacoursière, citoyen de Québec says:

    Correction: dans mon billet précédent, merci de remplacer « à coût négatif » par « à perte ». Car l’entretien de la marina coûte de l’argent au Port.

    Merci!

    Jean Lacoursière

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