Entretien avec Ronan Dantec

Publié par  8 août, 2012 8:00 Laissez vos commentaires

Sénateur,
Porte-parole au sommet Rio+20 de Cités et Gouvernements Locaux Unis

 

Ronan DantecAIVP : Lors de votre précédente intervention à l’occasion de la 12e Conférence mondiale de l’AIVP à Buenos Aires en novembre 2010, vous avez attiré l’attention des responsables du développement des villes portuaires sur les conséquences du changement climatique. Qu’en est-il aujourd’hui ?

RD : La situation est extrêmement préoccupante. Le sujet n’a pas été directement abordé à Rio, qui n’était pas une conférence sur le changement climatique, toutefois, la question est dans tous les esprits. La décision prise à Durban, en 2011, est de tenter de négocier un nouvel accord international sur le climat d’ici 2015 qui engagerait cette fois-ci tous les grands émetteurs, y compris les pays émergents. Pour les ports, un des impacts du réchauffement climatique sera la montée des eaux. De nouvelles études tout à fait sérieuses, en particulier américaines, tendent à montrer que cette augmentation a été sous-estimée. On serait plus aujourd’hui proche d’une surcote de 1,50 mètres à la fin de ce siècle que des 70 cm à 1 mètre précédemment annoncés. C’est demain. C’est considérable et les acteurs du développement des villes portuaires doivent absolument intégrer ces données dans le cadre de leurs investissements et projets dès aujourd’hui.

AIVP : Après Rio+20, où l’on a beaucoup parlé d’économie verte, quel est le message à faire passer aux membres de l’AIVP ?

RD : Comme j’ai eu l’occasion de le dire depuis Rio à votre dernière conférence à Saint-Nazaire, la question des « financements innovants » pour soutenir le développement des pays les plus pauvres est une des clés pour dépasser les blocages actuels. Parmi les pistes les plus avancées, il y a la taxation du carburant de soute, la fameuse « Bunker tax », à laquelle il faut être particulièrement attentif. L’idée est de trouver une nouvelle recette adossée au transport, notamment maritime, taxation contribuant à la limitation des émissions de CO2. Cela aura forcément des conséquences sur le trafic maritime, par exemple dans la gestion fine des arrivées de navires, et donc sur les villes portuaires.  Le premier réflexe de la communauté maritime pourrait être de s’opposer à ce qu’elle pourrait percevoir comme une entrave au développement du transport par bateau. Mais, ce serait une vision de courte vue. Il faut bien comprendre que si nous ne trouvons pas d’accords internationaux sur le climat et les objectifs de développement durable, alors le risque est grand de voir se raviver les réflexes protectionnistes…ce qui serait bien plus préjudiciable pour le transport maritime. Participer financièrement aujourd’hui à un accord global coûtera bien moins cher !

AIVP : Quels regards portez-vous sur les récents débats de Rio+20 ?

RD : Ce dernier sommet a été à bien des égards décevant. Si l’Europe a défendu le développement de l’économie verte, les pays émergents bloquent toujours, craignant des contraintes fragilisant leur croissance économique, elle aussi éprouvée. Sur des objectifs engageant tous les pays, nous avons obtenu à Rio un accord principalement de calendrier pour 2015 sur les objectifs de développement durable avec un rôle accru pour la société civile. Pour les villes portuaires, il est à noter que la déclaration finale contient des éléments nouveaux intéressants relatifs à la protection des océans et à la gestion des ressources océaniques. Mais une convention mondiale sur la gestion des ressources des océans est encore loin d’être actée !

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