Villes portuaires, les défis de demain

Publié par  13 août, 2012 8:00 Laissez vos commentaires

Interview : Henk de Bruijn, Director Corporate Strategy, Port of Rotterdam, Pays Bas

(13e Conférence Mondiale Villes et Ports – 20/06/2012)*

Henk de BruijnAIVP : Le port de Rotterdam a récemment présenté sa nouvelle vision à long terme : Vision 2030. Quelles sont, selon vous, les principales questions à résoudre pour réussir la construction du port de demain ?

H. De Bruijn : Le port de Rotterdam a déterminé deux principaux objectifs stratégiques pour les prochaines décennies : devenir le premier hub mondial et le premier cluster industriel européen. Pour atteindre ces objectifs, nous devons répondre à des enjeux majeurs. À cet égard, je tiens à évoquer la nécessité de réduire les nuisances environnementales subies par les citoyens résidant à proximité du port et d’effectuer la transition de l’industrie portuaire. À ce propos, la relation ville port est essentielle et le plus grand défi à relever est celui de l’innovation. Je crois qu’un port capable de concevoir, éprouver et mettre en place des solutions intelligentes pour appréhender ces enjeux est un port qui a de l’avenir. « Éprouvé à Rotterdam, vendu au reste du monde », telle sera notre devise pour les années à venir.

AIVP : Vous évoquez la réduction des nuisances environnementales comme l’une des principales questions à résoudre au cours des prochaines décennies. Quel est selon vous le rôle à jouer par les citoyens qui vivent à proximité du port ?

H. De Bruijn : Je souhaite préciser qu’il s’agit d’un objectif très ambitieux qui exige des investissements importants de la part du port et des entreprises industrielles. Parvenir à réduire les nuisances sonores et les émissions atmosphériques de manière simultanée tout en augmentant la capacité de production du port est déjà en soi une entreprise extrêmement ambitieuse, qui nécessite beaucoup d’investissements et d’innovation de la part des entreprises portuaires. Heureusement, celles-ci ont pris conscience de l’importance d’avoir un environnement offrant une bonne qualité de vie. Cependant, il y a, comme toujours, un compromis à faire. Les communautés locales et les gens qui vivent en périphérie doivent comprendre qu’il n’est désormais plus possible de construire de nouvelles maisons à proximité du port. Les secteurs proches du waterfront sont souvent convoités par les municipalités et les promoteurs pour y réaliser des projets immobiliers et pour des raisons de coûts. Mais cela ne fait qu’accentuer les nuisances et les retombées financières ne sont que de courte durée. Il est nettement préférable de chercher d’autres solutions pour développer les secteurs adjacents au port, par exemple en aménageant des espaces vert ou de loisir. Pour y parvenir, l’effort conjoint de nombreuses villes situées aux environ du port est nécessaire, ce qui constitue un véritable défi.

AIVP : Vous évoquez principalement la relation avec l’ensemble de la région, mais qu’en est-il de la relation avec la ville ?

H. De Bruijn : La ville de Rotterdam joue un rôle déterminant pour assurer la réussite du port sur le long terme. La clé du succès, c’est que notre slogan « ville portuaire mondiale » devienne réalité. Pour ce faire, il est indispensable d’améliorer considérablement la visibilité du port au cœur de la ville. Cela est particulièrement important pour familiariser les jeunes avec l’environnement portuaire ; ils constitueront ainsi la main d’œuvre bien formée de demain dont le port a tellement besoin. Nous avons déjà pris plusieurs initiatives conjointement avec la ville. Tout d’abord, le Festival portuaire mondial qui a lieu tous les ans le premier week-end de septembre. Ce festival qui attire plus de 400 000 visiteurs est une vitrine de l’industrie maritime, et portuaire, pour le public. Nous travaillons également avec les écoles pour éduquer les enfants via des programmes sur mesure et des exposés. Nous cherchons maintenant à montrer le port davantage d’un point de vue physique et culturel. Nous sommes en train de mettre au point le Programme du port mondial, en collaboration avec la municipalité de Rotterdam. Il s’agira d’un programme d’investissement mené par le Port et la Ville qui consistera en un affichage en direct d’images du port, un réaménagement du waterfront en espaces dédiés aux loisirs et au sport et en de nombreuses autres initiatives.

AIVP : Tous les objectifs que vous mentionnez, ainsi que les nombreux autres objectifs du projet Vision 2030 semblent très ambitieux. Comment garantissez-vous leur accomplissement ?

H. De Bruijn : La solution, c’est l’innovation. Pour réaliser la vision, les innovations et leur implantation à grande échelle sont cruciales. Certaines initiatives valent la peine d’être mentionnées : Premièrement, nous sommes en train de créer un centre de calibre mondial sur la connaissance du milieu portuaire. Nous travaillons avec les universités de Delft et Rotterdam sur les initiatives Smart Port et Port Research Centre. Les deux établissements ont créé des chaires consacrées à la recherche portuaire et réalisent des activités de recherche spécialisées. Deuxièmement, nous coopérons avec Deltalinqs, l’association des entreprises du port de Rotterdam, au sein du conseil de l’innovation industrielle et portuaire. Troisièmement, nous avons réservé des sites dédiés à l’appui aux entreprises qui démarrent. PlantOne est un exemple d’installation où les entreprises qui démarrent dans l’industrie de processus ont la possibilité de tester leur activité et d’augmenter leur production sans qu’aucune adaptation ne soit requise. Quatrièmement, nous avons établi un fonds de capital-risque pour que les entrepreneurs jeunes et innovants obtiennent plus facilement des moyens financiers.

Pour conclure, on estime indispensable d’encourager le dynamisme, l’innovation et l’esprit d’entreprise au sein du port. Et comme toujours, pour stimuler l’innovation, c’est aux personnes qu’il faut s’adresser.

(*) www.citiesandports2012.com

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