Présentation de Marc DUBERNET, Directeur Régional Océan Indien, Agence Française de Développement la Réunion, faite à l’occasion des Rencontres AIVP Océan Indien (Le Port, La Réunion, Novembre 2018).

Depuis 5 ans l’Agence Française de Développement (AFD) a apporté son appui pour différents projets dans le secteur des transports dans la zone Océan Indien. Mais le retour d’expériences de l’AFD concernant l’interface ville-port lui permet également de préciser quels sont selon les principaux enjeux pour ces territoires d’interface. L’approche de l’AFD en la matière s’inscrit pleinement dans le cadre des Accords de Paris pour le climat et la nécessité d’une approche élargie permettant à la fois d’anticiper et de s’adapter aux effets du changement climatique.

Ma présentation est séquencée autour de trois temps : quels sont les volumes de financement AFD dans le secteur des transports ? Quels types de projets dans notre zone Océan Indien ? Quelles contributions basées sur nos retours d’expérience et notre stratégie comme pistes pour nos futures collaborations ?

L’AFD dans le secteur des transports

Dans le secteur des transports, le groupe AFD intervient dans le financement des infrastructures (ex: construction de postes à quai, de terminal à conteneurs) mais également d’équipements dédiés à la sécurité, les télécommunications ou la signalisation. Nous appuyons également les stratégies d’intégration des ports aux systèmes de transports via la création de pôles d’échanges ou de systèmes d’information permettant de gérer l’intermodalité. Enfin, sur le plan institutionnel, nous sommes aussi présents pour aider la mise en œuvre de réformes, de schémas et plans directeurs, de modèles économiques et financiers, de formation, de politique de responsabilité sociale et environnementale.

Le financement du secteur des transports représente autour d’1,2 milliards d’euros chaque année, soit 10% du volume total de nos engagements annuels.

© Agence Française de Développement

La branche du transport maritime représente autour d’un dixième des financements annuels en faveur du secteur des transports avec une nette prépondérance pour l’Afrique.

© Agence Française de Développement

Dans la zone Sud-Ouest de l’océan Indien (donc hors financement des ports de la côte est et sud africaine), ce sont 100 M€ qui ont été engagés par le groupe AFD au cours des 5 dernières années. L’île Maurice et La Réunion représente une part largement majoritaire de ces financements dont 10% ont concouru aux objectifs climat du groupe AFD qui développe une méthodologie rigoureuse de comptabilisation.

© Agence Française de Développement


Quelques exemples de projets

Le Port de La Réunion a fait confiance à l’AFD en 2014 pour participer au financement de ses investissements dont une part concernerait l’atténuation avec la rénovation de l’éclairage publique des infrastructures portuaires pour réduire la facture énergétique.

© Agence Française de Développement

A Port-Louis, l’AFD a consenti un prêt au PMA et au CHCL en 2012 et 2014 en accompagnement d’une intervention de l’UE visant notamment à atténuer les impacts environnementaux des travaux d’extension du terminal à conteneurs.

© Agence Française de Développement

Aux Seychelles, l’AFD vient de consentir un prêt à SPA en partenariat avec la BEI et l’UE. L’intervention incorpore un volet « résilience au changement climatique » qui préfigure bien ce que nous souhaitons accompagner comme actions dans le futur, j’y reviendrai.

© Agence Française de Développement

Au Cap, nous sommes intervenus en 2009 pour des investissements importants d’extension de capacité.

© Agence Française de Développement

Enfin, au Kenya, nous sommes en phase de soutenir le programme « Mombasa Port Resilient Infrastructure Project » en appuyant en particulier l’atténuation des effets du changement climatique via l’installation de panneaux PV sur 30000m² de constructions et en participant à un programme d’actions sociétales autour du genre et de la prise en compte des publics vulnérables (handicap). Egalement, un programme de prévention contre le risque SIDA fait partie de ce projet assez remarquable par son caractère intégrateur (investissements + volets sociétaux).

© Agence Française de Développement


Les interfaces ville-port – Retours d’expérience AFD

Nous sommes très intéressés par l’approche ville-port que promeut votre association AIVP. Notre approche est encore trop compartimentée (d’un côté les ports, de l’autre les villes).  L’AFD, bailleur, a une approche par institutions. Nos interlocuteurs sont principalement les autorités portuaires ou les municipalités.

La problématique ville/port est souvent analysée de manière dichotomique : études de faisabilité portuaire qui s’arrêtent aux « gates » ; études de planification urbaine qui appréhendent mal les enjeux de desserte portuaire et se retrouvent à gérer des flux de transit.
Cela représente de forts enjeux pour les acteurs portuaires et publics :
– pour le secteur privé qui investit massivement dans les infrastructures portuaires, la desserte de l’hinterland doit être efficace;
– pour les villes qui doivent organiser leur développement, il s’agit d’anticiper les transferts des activités portuaires (foncier) et le déplacement des pôles d’emplois (mobilité, logement).

Nous devons mieux appréhender la transversalité des problématiques et la nécessité, notamment dans l’aménagement, d’avoir une vision holistique des enjeux.

Ceci est évidemment vrai pour la prise en compte des effets du changement climatique et la prise de décisions pour adapter les façades littorales les plus exposées à l’inévitable montée du niveau des mers.

Ainsi, pour que des bailleurs de fonds au développement tels que l’AFD puissent intervenir le plus efficacement face aux enjeux de l’adaptation au changement climatique nous avons besoin d’avoir comme interlocuteurs des instances coordonnées entre les autorités de la ville et celles du port.

Le nouveau plan stratégique de l’AFD met en avant plusieurs axes majeurs pour son action : être un bailleur « 100% Accords de Paris » de décembre 2015 sur le climat en veillant à ce que les projets financés soient bénéfiques et contributeurs à la lutte contre les effets du changement climatique que ce soit par le biais de mesures d’atténuation ou d’adaptation. Mettre le lien social au centre des actions de l’AFD qui se veut être un bailleur « 100% lien social » en contribuant à réduire les inégalités de genre, de revenus bien sûr mais également physiques (handicaps) et sociétales (illettrisme, chômage, accès aux soins, à l’éducation, criminalité, …).

Pour ce qui concerne cette auguste assemblée, ces deux marqueurs rejoignent la stratégie de votre Association avec laquelle les points de convergence sont nombreux.
Nous souhaitons vous proposer de travailler ensemble sur un socle de valeurs et d’objectifs partagés. Il ne s’agit pas d’opposer la logique puissante du business aux impératifs de la lutte contre le changement climatique ou la prise en compte de la dimension sociale/sociétale dans vos interventions mais bien de trouver les points de jonction qui permettent de construire une transition écologique et sociétale que nos populations au Nord comme au Sud appellent de leurs vœux. Il s’agit de bâtir ensemble un nouveau modèle économique et social porteur d’emplois, d’insertion sociale et d’espoirs dans un avenir meilleur. Parce que les villes ports sont des investisseurs de premier plan dans vos pays, votre action est majeure dans l’impulsion de ces changements.

En aidant à accélérer la transition vers une économie plus faiblement carbonée, en travaillant sur les liens socio-économiques entre les activités des plateformes portuaires et celles de la ville, y compris au plan des cultures et des arts, de ce qui forge une identité de terroir ou de territoire, le sentiment d’une fierté d’appartenance à un espace dans lequel on se reconnaît et où il fait bon travailler et vivre.
Évidemment, l’adaptation à la montée du niveau des mers fait partie de vos et de nos préoccupations. Parce que votre activité est directement impactée et parce que la majeure partie de l’humanité vivra demain dans des métropoles urbaines en littoral fortement exposées.

Agir contre les effets du changement climatique passe pour l’AFD par appuyer les « Politiques publiques » à travers par exemple :
– l’accompagnement, définition et/ou mise en oeuvre de politiques publiques (PrPP, AT pour renforcement institutionnel) favorisant un développement bas-carbone dans le secteur du transport maritime / portuaire et/ou favorisant les transports bas-carbone (ferroviaire, fluvial) plutôt que routier dans l’hinterland ;
– l’accompagnement des autorités portuaires dans leur politique de « port vert et responsable » ;
– une action via les taxes portuaires qui peuvent être différenciées selon la performance environnementale des navires, une taxe sur les carburants carbonés peut être instaurée et/ou un rabais pour les moteurs « propres » consenti.

Les mesures techniques que l’AFD souhaite appuyer sont celles aux effets ou potentiels structurants (réduction importante des émissions de GES ou plus modestes mais avec un fort potentiel de réplication à grande échelle) telles que :
– mise en place d’une alimentation en électricité des navires à quais (shore to ship) ;
panneaux solaires pour produire de l’énergie et assurer l’autoconsommation du siège et de la capitainerie ;
clauses environnementales dans les contrats de concession, sur l’efficacité énergétique des équipements de manutention ;
– mesures permettant les réductions d’émissions liées à la réduction de temps passé en rade par les navires ;
– mesures de renforcement du FRET fluvial et ferroviaire vs routier dans l’hinterland ou limitant les émissions d’un port concurrentiel.


Merci pour votre attention et l’intérêt que vous pourriez manifester à faire appel à votre meilleur partenaire au développement, l’AFD, pour partager, dès votre retour chez vous, vos prochains projets et contribuer à les financer dans l’esprit du socle de valeurs que nous partageons et sur lequel nous pouvons ensemble communiquer.