(photo de couverture: Durban, 2014 ©AIVP)

La municipalité d’eThekwini (Afrique du Sud) comprend plusieurs communes dont celle de Durban, connue mondialement pour le sommet sur le climat de 2011. Cette ville portuaire majeure a également accueilli en 2014 la Conférence Mondiale de l’AIVP. L’adaptation au changement climatique constitue aujourd’hui l’objectif n°1 de l’Agenda 2030 de notre association. En l’occurrence, la municipalité d’eThekwini fait face à des défis climatiques majeurs et les différentes politiques qu’elle mène en la matière sont uniques en Afrique. C’est pourquoi avons interviewé le Dr Andrew Mather, Directeur de projets “zones côtières” à la municipalité d’eThekwini.

La municipalité d’eThekwini est membre active de l’AIVP depuis 2002.

Protéger la cote face aux submersions

AIVP – Durban est à l’avant-garde de l’adaptation au changement climatique. Elle a été l’une des premières métropoles africaines à élaborer une stratégie en matière de changement climatique. Cela est d’autant plus nécessaire que les submersions marines pourraient devenir une menace grave pour le waterfront de Durban.
Comment gérez-vous les risques climatiques, notamment sur les zones côtières ?

Dr Andrew Mather, Directeur de projet « zones côtières », Municipalité d’eThewkini – Les principes-clés de notre plan climat sont l’inclusion, l’intégration de mesures d’atténuation et d’adaptation, une gouvernance, un suivi et une évaluation efficaces, et des infrastructures écologiques.
La ville a agi de façon proactive pour évaluer la montée des eaux et les répercussions prévisibles selon plusieurs scénarios. Ces scénarios sont utilisés pour :
(1) Déterminer les risques concernant de futurs aménagements
(2) Déterminer les risques qui pèsent sur les aménagements actuels
(3) Envisager différentes options : défense, retrait ou aménagement adaptatif
Nous sommes installés sur un littoral très exposé mais notre profil bathymétrique est assez raide. Selon les prévisions, le recul du trait de côte ne devrait pas être très prononcé.
Ceci dit, nous surveillons la situation de près et nous avons mis en place des mesures de gestion adaptive qui nous permettent de décider quand, où et comment nous adapter à la montée des eaux.

Dr Andrew Mather, Directeur de projets “zones côtières” à la municipalité d’eThekwini (Durban), Afrique du Sud.

Agir avec l’autorité portuaire Transnet

AIVP – Transnet, l’autorité portuaire sud-africaine, a annoncé son intention de préparer les ports à affronter les phénomènes climatiques extrêmes.
Quelles actions en commun pour résister aux ouragans et cyclones ?

Dr Andrew Mather, Directeur de projet « zones côtières », Municipalité d’eThewkini – D’après nos modélisations, Durban n’est pas exposée aux cyclones (le terme que nous utilisons pour qualifier les ouragans dans la région). Notre stratégie en matière de changement climatique prévoit un projet de collaboration avec Transnet pour développer la stratégie d’adaptation du port. Plusieurs projets rentrant dans le cadre du DCCS visent à réduire les risques d’inondation et nous protéger d’autres phénomènes pouvant affecter le port depuis l’intérieur des terres.

En arrière-plan, le port de Durban. (©AIVP 2014).

Des systèmes d’alerte précoce face aux risques climatiques

AIVP – Le tout nouveau système d’alerte météo (le FEWS) que votre municipalité a mis en place a retenu toute notre attention. S’agissant des risques naturels, les systèmes d’alerte précoce sont des atouts déterminants.
Comment fonctionne ce système d’alerte météo ?

Dr Andrew Mather, Directeur de projet « zones côtières », Municipalité d’eThewkini – La municipalité d’eThekwini subit des inondations tous les ans. Ces événements peuvent avoir des conséquences plus ou moins graves, allant des dommages mineurs à des pertes de vie humaine en passant par la dégradation des infrastructures. Même s’il s’agit de catastrophes naturelles, nous devons mettre en œuvre un plan d’action afin d’en réduire les effets. La modification des modèles de précipitations, l’élévation du niveau de la mer, la croissance démographique et l’activité économique rendent la prévision des risques d’inondation et les techniques de gestion des risques de plus en plus nécessaires.
Les inondations représentent environ un tiers des catastrophes naturelles survenant dans le monde. En Afrique du Sud, la pression démographique exercée par une population venue en ville chercher un emploi induit une urbanisation à grande échelle sur des terres et cours d’eau inondables. Par ailleurs, notre réseau de drainage urbain est vieillissant et insuffisamment adapté au développement des infrastructures, ce qui, associé à la modification des modèles de précipitations, va encore accroître les risques.
Le Coastal, Stormwater and Catchment Management Department (CSCM) de la municipalité eThekwini a installé un système d’alerte précoce (FEWS) pour nous aider à mieux gérer et réduire des inondations.

Le waterfront de Durban, très exposé aux submersions. (© wikipedia commons)

Le programme FEWS d’eThekwini est une première sur le continent africain. FEWS est un outil de gestion des catastrophes et de contrôle des données capable de simuler des scénarios d’inondation et de mesurer la qualité de l’eau, l’érosion du littoral et la hauteur des vagues. Alimenté en données météorologiques fiables, le système est capable de prévoir les effets des catastrophes naturelles suffisamment à l’avance pour que nous puissions mobiliser les ressources d’urgence nécessaires afin de garantir la sécurité de la ville.
Le CSCM a développé des modèles opérationnels de prévision de crue qui utilisent les prévisions de précipitations fournies par service de météorologie national pour simuler les effets des précipitations sur les rivières et cours d’eau. Notre service de gestion des catastrophes peut ainsi anticiper les inondations et identifier les zones menacées. Le fonctionnement du FEWS peut, de manière très schématique, se décomposer en 4 phases : la phase de téléchargement des données (notre équipe technique est chargée de vérifier toutes les sources d’information, qu’elles soient internes ou qu’il s’agisse de mesures satellitaires. Ces données sont ensuite importées dans le système FEWS en suivant une procédure multi-étapes destinée à garantir la fiabilité des données recueillies. Elles sont alors converties afin de pouvoir être lues par nos applications, lesquelles renvoient les résultats vers le système. Notre équipe réagit en fonction de ces résultats, FEWS affichant l’ensemble des résultats provenant de l’ensemble des applications sur une seule interface pour un traitement plus aisé.
L’équipe FEWS fait suivre les informations aux services compétents de la cellule d’ingénierie. Le service chargé de la maintenance des routes et du réseau d’eaux pluviales est informé des phénomènes attendus et peut ainsi adopter une approche préventive pour éviter la surcharge des infrastructures d’évacuation en cas d’inondation.